Ecrire pour vous - Discours
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UN AMOUR SUR MESURE (3) 

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Chapitre IX

J'ai trois enfants. Un garçon et deux filles...
Mon second, Cyril, appelé aussi "mon lapin bleu" habitait Honfleur depuis son mariage. Il avait épousé une honfleuroise quelques années plus tôt et avait eu avec elle, deux enfants. Il travaillait dans la restauration, dans un joli restaurant au bord du port qui appartenait à son beau-père et dont, sauf erreur de ma part, il était cogérant.
Il était aux environs de 20h quand nous arrivâmes...
Il commençait à faire nuit...
Du parking où nous avions trouvé une place le long du port, on pouvait apercevoir La Chaloupe sur le quai Saint-Catherine juste dans l'angle, qui en ce début de printemps commençait à accueillir les clients sur la terrasse.
- On va pouvoir diner dehors, dis-je à Werner en me tournant vers lui. Ca te va ?
- Tout me va, me répondit-il, joyeux...
Mon fils n'était pas un grand bavard... ni un grand démonstratif mais c'était un garçon sensible et très travailleur. Quand nous arrivâmes avec Werner, il vint nous accueillir et après m'avoir dit trois mots et demi et s'être enquis de savoir si notre voyage s'était bien passé, il nous plaça à une table de quatre, un peu à l'écart et surtout super tranquille. Avec le bassin de Honfleur juste devant nous, le soleil couchant juste au-dessus de nous et la brise légère qui commençait doucement à agiter la nature, c'était l'Olympe...
Nous commandâmes des moules-frites...
J'adorais les moules-frites...!
- Et je vous sers un p'tit pichet, nous demanda mon fils ?
- Moi, je ne suis pas trop alcool... et toi ?
- On va prendre de l'eau... me répondit mon Capitaine, je conduis...
- Ah oui c'est vrai, ce serait embêtant qu'on te contrôle, dit-je en riant.
Werner se frotta les mains l'une contre l'autre. Il faisait souvent ce geste quand il était bien et là, il avait l'air franchement heureux.
Mais de mon côté, c'était pareil. J'éprouvais ce même sentiment de bonheur tranquille où j'avais l'impression d'être avec lui depuis la nuit des temps, même si paradoxalement, j'avais un sentiment d'éphémère, sachant parfaitement bien qu'il rentrait chez lui et que dans moins de trois heures environ, il ne serait plus avec moi.
En même temps, c'était comme si cette réalité ne pouvait nous séparer non plus, c'était vraiment étrange.
En tout cas, j'étais bien  et dans quelques instants, nous allions manger des moules-frites, alors là, je me sentais encore mieux.
Et de fait, quand elles arrivèrent sur la table, rien que de voir leur tête, je devinai qu'elles seraient excellentes.
Bien chaudes, sentant bon la mer, baignant dans pleins de petits oignons, d'un joli jaune bien charnu, le paradis, quoi !
Le paradis, vous dis-je...
- On attaque ? me demanda Werner en me regardant "avec ses propres yeux".
- Oui, attaquons, lui répondis-je avec les "propres miens" dans le respect des meilleures Perles de la Gendarmerie.
Nous dévorâmes et, comme prédit, ce fut absolument délicieux.
Elles étaient goûteuses, juteuses, savoureuses...
Quand nous eûmes terminé, j'eus soudain une envie folle de prendre sa main. Déjà, sur le port, alors que nous marchions, cette envie m'avait talonnée mais je n'avais pas osé.
Je ne voulais pas non plus paraître trop audacieuse.
Mais c'était complètement paradoxal car, la veille, lorsqu'à l'hôtel nous avions loué des vélos et que nous nous étions baladé à Carnac le long du bord de mer, je n'avais eu aucun souci à lui donner la main, qu'il s'était d'ailleurs empressé de prendre dans la sienne, tout en me matraquant avec son appareil photo toutes les trois secondes et demi.
- C'est bon, Capitaine...! Vas-y... Prends-moi..!
Juché sur sa bécane et tenant son guidon de la main droite, tandis qu'il me visait dans son portable avec la gauche, celle qui était dans la mienne quelques secondes plus tôt,  il ne regardait plus sa route...
- Tu me dis s'il y a un obstacle ? annonça-t-il gaiement, complètement inconscient mais aussi avec une drôlerie sans pareil.
- Attends, fais attention, ce serait dommage de te casser la figure pour une photo...! Allez, vas-y, accouche... lui dis-je en riant. Grouille-toi Capitaine... Je déteste qu'on me prenne en photo...
- Tout va bien... me répondit alors Werner complètement serein, toujours perché sur son vélo et me faisant toujours autant rire.
Clic ! Clic ! Clic !
- Ca y'est ? lui demandai-je... C'est bon ?
Ca l'était... Eurêka...!
Encore émue au souvenir de cette partie de vélo, je me mis à sourire intérieurement et osai enfin, c'était pas trop tôt, glisser ma main dans la sienne.
Je pensai que nous étions vraiment très drôles.
Lui et moi, moi et lui, nous deux ensemble...
Et cette espèce d'alchimie indescriptible...
Mon fils débarqua pour la commande des desserts.
- Alors, on commence par qui ? demanda-t-il son petit crayon à la main...
- Maman ?
Je regardai Werner...
- Tu prends quelque chose, toi ?
- Je vais juste prendre un café, dit-il, et toi , me demanda-t-il à son tour.
- Moi... ben, je prendrai bien un petit café gourmand, répondis-je...
Très bonne idée, tout le monde était d'accord. Mon Capitaine, moi, mon fils...
Je demandai à ce dernier s'il voulait se joindre à nous.
- Tu m'accordes deux minutes, je vais en cuisine et j'arrive, acquiesça-t-il...
Quelques minutes plus tard, il débarqua à nos côtés avec les cafés et les gourmandises qui l'accompagnaient.
Honnêtement, je ne sais plus du tout de quoi nous avons parlé mais "mon lapin bleu" avait l'air content de partager ce petit moment avec nous. Ca lui faisait une pause car mon fils était très stressé, même si ça ne se voyait pas à l'oeil nu, mais moi je le savais... Il travaillait comme un bœuf dans ce restaurant, dans une profession qu'il n'avait pas vraiment choisie, mais dans laquelle il s'était trouvé embarqué quand il avait connu sa future femme. A la base, il avait commencé son droit pour devenir Avocat, tout en faisant du théâtre parallèlement. J'étais ravie... Je l'avais inscrit au Cours Florent pour cela et le soir, je lui donnais la réplique sur les textes de la pièce de Samuel Beckett "en attendant Godot", c'était un pur bonheur. 
J'avais moi-même fait du théâtre pendant quinze ans et je ne me lassais pas de cette forme d'expression artistique, dans laquelle d'ailleurs je m'étais distinguée très tôt lorsque mes parents avaient eu la bonne idée, dès l'âge de sept ans, de me coller en pension. Là-bas, à Saint Gervais-les-Bains, chez les religieuses de l'Assomption, j'avais été choisie pour jouer le rôle d'un ange et j'avais récité ma première tirade, seule sur la scène, dans un spectacle sublime sur la nativité. Les années suivantes, à plusieurs reprises, j'avais rejoué et j'avais endossé, tour à tour, le rôle du Renard dans la scène de l'amitié du Petit-Prince, celui d'un astronaute faisant ses premiers pas sur la lune et la récitation de "la Conscience" de Victor Hugo, lors de la distribution des prix de la fin de ma cinquième.
Quand je déclamais, il y avait toujours un silence quasi-religieux dans la salle, c'était magique...
Je regardais l'heure...
On allait bientôt partir et regagner Paris. Je ne pensais qu'à ça...
 J'allais gentiment retrouver mon studio et Werner, son triplex, sa femme et ses enfants.
Soudain, je n'avais qu'une hâte, c'était qu'on s'en aille...
Et, c'est ce qu'on fît...
On leva le camp si tôt nos cafés terminés, un peu vite, un peu trop rapidement, un peu dans le désordre et un peu n'importe comment.
Werner paya la note...
J'en fus un peu sidérée.
Je pensais que mon fils allait nous inviter mais non, il ne le fit pas...
Il ne devait pas y penser. Depuis qu'il était restaurateur, il y avait comme ça de nombreuses choses auxquelles il ne pensait plus. 
Cela me rendait un peu triste mais je ne lui en tenais pas rigueur pour autant.
C'était juste que par moments, j'avais un peu de mal à le retrouver. J'avais comme l'impression qu'il avait délesté tout un pan de sa personnalité, ouverte et généreuse, créative et drôle au profit de son unique activité et de son rendement qu'il mettait au centre de sa vie.
Pour autant, je ne fis aucune réflexion, ce n'était pas le moment, pas plus que je ne voulais créer un incident diplomatique ou risquer de dire quelque chose qui, de toutes façons, ne lui aurait pas plu.
Mais, je n'en pensais pas moins.
Je me tus donc... l'embrassai comme si de rien n'était et un peu nonchalamment et m'éloignai rapidement, mon Capitaine à mes côtés.
J'étais vraiment triste mais pas seulement à cause de cette histoire de restaurant.  C'était un ensemble de choses sur lesquelles je n'arrivais pas à mettre de nom et je sentais en moi une sorte de cafard qui commençait à monter comme lorsque j'étais petite et qu'il me fallait regagner la pension après un week-end ou des jours de congés.
Je n'aimais pas les séparations...
Mais de ce côté-là, j'allais être servie...
Je regardai Werner à la dérobée. Il était à ma droite, certainement à cent lieux de mes pensées,  et portait encore une fois galamment mon sac à dos sur son épaule alors que nous nous dirigions lentement mais sûrement vers le port.
Je le trouvai sublimement beau.
Il incarnait la beauté masculine dans tout ce que j'aimais chez un homme. Finesse, élégance, distinction et classe. Mais il avait quelque chose en plus que je n'arrivais pas à définir et qui le rendait, à mes yeux, irrésistible et charmant.
Il émanait de lui une sorte de charme juvénile, mêlé à un brin d'innocence avec une espèce de fragilité qui abritait, à mon avis, une volonté implacable et un tempérament hors du commun.
C'est ce côté-là de lui qui allait bouleverser en moi, à mon insu, quelque chose dont j'ignorais l'existence à ce moment-là mais dont les prémices avaient déjà semé leurs graines comme la promesse évidente d'une floraison magnifique.
Nous quittâmes Honfleur...
Pour tromper mon cafard aussi noir que son Espace, je me précipitai sur les CD dès mon arrivée dans la voiture. Rien de tel qu'une jolie chanson pour oublier les duretés de la vie. Je portai mon choix sur le dernier disque de Nolwenn Leroy, 'Tri Martolod", que je trouvais littéralement magnifique.
- Tiens, écoute-moi ça, dis-je à Werner, allant mieux tout-à-coup et excitée comme une gamine à l'idée de lui faire connaître Nolwenn.
- Tu vas voir... Elle a une voix incroyable... C'est une bretonne, lui dis-je, coulant un regard vers lui en insérant solennellement le disque dans la fente.
Le moment était magique et avec la voix de Nolwenn aussi pure qu'un diamant, l'émotion était à son comble, amplifiée par nos deux âmes vibrant à l'unisson.
Mais cet instant fut de courte durée car la sonnerie de son portable retentit.
Il décrocha et répondit en anglais.
C'était sa femme...
Ben oui, elle devait lui demander vers quelle heure il rentrait et pourquoi, surtout, il n'était toujours pas là.
On approchait des 23h...
Nolwenn s'impatientait, elle était en sourdine.
Moi, j'étais scotchée au regard de Werner et tentait de comprendre ce qu'il était en train de lui dire. Mais, j'en fus pour mes frais car à part "no" et "yes", je ne comprenais strictement rien...
De plus, pendant le laps de temps où il fut avec elle, j'eus soudain une drôle de sensation, comme l'impression d'écouter, malgré moi, une conversation privée et d'être carrément indiscrète, même si Werner, jamais au grand jamais, ne m'avait fait sentir quoique ce soit qui aurait pu me faire penser que je l'étais. Mais je maitrisais très mal la langue anglaise et le fait qu'il parle anglais avec elle, parfaitement bien d'ailleurs, me donna d'un coup l'impression d'être de trop, de déranger, de ne plus être à ma place du tout et surtout d'être complètement étrangère à leur dialogue commun. 
Et ce n'était pas seulement une impression, c'était la vérité...
Je parlais anglais comme un pied !
Et puis, ses enfants devaient l'attendre et moi j'étais avec leur père...
Un sentiment de culpabilité m'envahit... d'autant plus fort que j'étais tellement bien avec lui et que je savais qu'il l'était avec moi.
Il raccrocha.
- C'est ma femme, dit-il, en se tournant vers moi comme s'il m'avouait un péché...
- Oui, lui répondis-je simplement, je m'en suis doutée...
Un petit silence s'installa entre nous... mais pas pesant, juste le temps de prendre la mesure des choses, heureusement bientôt comblé par les paroles de Nolwenn qui, très vite, me remirent du baume au coeur. J'aimais la musique et j'adorais cette chanson. Mes origines bretonnes vibraient ce soir-là, plus que jamais...
Peu avant minuit, nous arrivâmes enfin au Chesnay.  Quelques minutes avant de nous garer, prise par l'angoisse de la séparation et de toutes les émotions que j'avais vécues pendant ces deux jours passés en Bretagne, je lui déclarai :
- Bon ben voilà, bon retour chez toi alors...
Je ne me souviens plus des mots exacts que j'ai employés mais ça voulait dire à peu près ceci : qu'il allait rentrer chez lui, retrouver gentiment sa femme, ses  enfants, son triplex et son train-train et qu'il allait surtout bien vite m'oublier.
"Mama Mia", qu'est-ce que je n'avais pas dit là ?
A peine sorti de la voiture, il s'approcha de moi et répliqua :
- C'est pas très gentil ce que tu m'as dit tout-à-l'heure...
Ben non... mais je ne cherchais pas à être gentille non plus.
Je lui rétorquai à mon tour que je n'étais pas gentille en insistant bien sur le "je". Ce qui donna, suivez-moi :
- Mais... " je" ne suis pas gentille...!
Mais c'était comme une boutade, comme quelque chose que l'on dit mais que l'on ne pense pas vraiment.
J'étais anesthésiée.
Parce qu'à vrai dire, je ne savais pas quoi dire... Et je ne savais pas quoi dire parce qu'il n'y avait rien à dire...
Sans un regard alors, je lui tournai le dos et partis rapidement en direction de mon studio. Triste et confuse, probablement comme lui, mais ne sachant ni quoi faire, ni quoi dire pour rattraper éventuellement les inepties que je venais de lui sortir.
J'espérais qu'il me rattrape...
Je priais qu'il accourt vers moi...
Je ne voulais pas qu'on se quitte comme ça...
Mais il ne bougea pas d'un orteil...
Moi non plus...
Quelques secondes plus tard, j'entendis sa voiture démarrer.


Chapitre X

Une fois chez moi, j'eus du mal à rassembler mes idées et mes affects et j'avais l'impression de ne plus rien ressentir de positif. J'étais atrocement triste et même si l'envie de lui mettre un SMS me démangeait, je ne fis rien. Ah que je détestais être dans cet état... !
Après les deux jours qu'on avait passés ensemble, c'était minable, merdique, complètement surréaliste et je ne comprenais plus rien.
Et puis zut me dis-je, il aurait quand même pu me courir après !!!
C'est vrai, quoi !
S'il ne l'avait pas fait, c'était qu'il n'en avait pas envie. Point.
Ou qu'il avait hâte de rentrer chez lui...
Re-point.
Non, ça c'était impossible...
D'ailleurs, j'écartai immédiatement cette hypothèse déprimante.
Ou que je l'avais déçu...
Oui, peut-être que je l'avais déçu... après tout...
Moi-même, j'étais déçue de moi, alors pourquoi ne le serait-il pas, lui aussi ?
Ou je ne sais pas...
Ou qu'il était orgueilleux comme un pou !!!
Mais les poux sont-ils orgueilleux ?
Et d'abord, ressemblait-il à un pou ?
Ah non, mon dieu, quelle horreur...!
Ou alors, il était interloqué, abasourdi, stupéfait, sidéré peut-être...?
Pétrifié ???
 Non, il ne fallait pas exagérer...
 Je dramatisais un peu là...
En plus, je ne comprenais même pas pourquoi j'avais dit ça...
Et encore moins comment j'avais pu filer à l'anglaise sans même me retourner.
Non, chers lecteurs, je ne fais aucun jeu de mots...
Je sais me tenir quand même !
Ceci étant, la situation était glauque...
Mais le soir même, j'eus un mail de sa part qui me remit du baume au coeur, cependant qu'il me prit totalement au dépourvu.
Le titre d'abord :
"Il est tard, il fait nuit dehors et dans mon âme"...
Puis, une lettre magnifique me disant combien il avait été heureux avec moi pendant ces deux jours en pays breton, mais soulignant aussi que si mon "salut" devait dire "casse-toi", je n'avais qu'à le lui dire clairement.
Ah la, la, l'amalgame....
Il n'y était pas du tout....
Comment pouvait-il penser trente secondes que mon attitude était une fin de non-recevoir ?
Explication, deux lignes plus loin :
Quand tu m'as dit "salut", je n'ai pas pu m'empêcher de penser à ce que tu avais dit à ce pauvre type dans ton lit...
Je lui avais raconté quelques unes de mes tristes aventures d'il y a quelques années mais c'était il y a plus de vingt ans et celle dont je lui avais parlé concernait vraiment un pauvre type avec lequel je m'étais retrouvée un soir de pauvre lune dans le même lit sans l'avoir vraiment voulu mais qui n'avait rien à voir avec mon Capitaine. Mais alors, rien de rien...!
- Werner, tu es à côté de la plaque... dis-je à mon écran tandis que je continuais  de lire sa prose.
Il poursuivait donc en me disant que si c'était le cas, il était prêt à disparaître de ma vie (déjà ?) sans me juger mais en me comprenant...
Enfin, il me prévenait qu'il pouvait lutter contre ma protection rude et hérissée d'épines (Gla-Gla...), enveloppe de ma personnalité dont je devais certainement me draper parfois (pas tout le temps heureusement, ouf...!), que la volonté ne lui manquait pas mais, par contre, soulignait-il avec fermeté, il me signifiait qu'il n'aurait jamais envie de marcher aux côtés d'une femme dure même si cette femme devait être moi...
- Dure ? Voilà autre chose...! Tu ne vois pas clair Werner...
Enfin, il m'avouait avoir besoin de moi pour que je guide ses pas et que je lui indique s'il devait orienter son chemin vers l'être ou le néant.
- Ben... voyons... pourquoi pas l'enfer pendant qu'on y était...
Je laissai tomber le côté dur dans lequel je ne me retrouvais pas du tout pour ne retenir que la dernière phrase, la plus importante à mes yeux et, aussi, celle d'avant où il se voyait marcher à mes côtés...
Pour le reste, je lui envoyais en retour un mail avec quelques explications, un peu embrouillées, certes, mais des explications quand même... à propos de ma maladresse en le quittant... que moi-même je ne comprenais toujours pas.
Mais je ne lui répondis pas tout-de-suite...
Je laissai passer une journée.
A 3h26, la nuit suivante, j'eus droit à un deuxième mail de sa part avec pour objet "réponds-moi..."
Vu l'heure, il devait être en pleine crise d'insomnie...
Il me demandait de l'éclairer et me disait : "continuons-nous à essayer de marcher ensemble ? c'est ce que voudrait par dessus tout mais je ne sais plus ce que tu veux. Je suis un peu perdu, je ne sais pas quoi faire".
Il avait du l'écrire tellement vite et devait être tellement en attente qu'il en avait oublié le "je" et avait mis un "t" au lieu du "s" normalement recommandé pour la première personne du singulier sans compter la majuscule du "c'est", juste avant, zappée et tombée aux oubliettes, celle-là !
C'était trop chou...
Sous la fièvre du désir, sa pensée allait plus vite que son ombre...
Mais le meilleur arriva ensuite.
Sa réponse franche et magnifique dès qu'il eut reçu mon mail.
Me faisant part de son mal-être sur le chemin du retour, que non... il n'avait pas eu le moral non plus dans la voiture même s'il m'avait dit le contraire.
Que son émotion et sa fatigue réunies ne lui avaient pas permis de gérer la situation comme il faut et enfin qu'il n'était pas parfait mais, annonçait-il, "les douches froides sont les plus vivifiantes et toujours réparatrices."
Il rajoutait aussi que son premier mail était la réaction d'une personne qui écrit à chaud, contrairement à moi, parait-il, qui écrivait à froid.
"C'est mon côté faux-calme. Je sais que cela me nuit pour trouver le ton juste."
Complètement faux entre nous, chers lecteurs...
J'écris à chaud exactement comme lui pour la bonne raison qu'il n'y a pas plus impulsive que moi.
Mais bon, en ce 2 mai 2011, mon Capitaine avait décrété dans son mail de 10h24 que j'écrivais à froid et s'il l'avait dit c'était qu'il l'avait ressenti ainsi.
Pour terminer, il me mettait qu'il n'était à la recherche de personne mais qu'il m'avait trouvée (oh, yé !) et qu'il continuait à croire que j'étais une femme formidable.
- Moi aussi, j'aimerais continuer... m'avouait-il en fin de message avant de m'embrasser.
C'était la première fois qu'il le faisait par écrit. Cela me toucha et je lui en fis part. Il me répondit que c'est parce qu'il en avait eu "envi" (sans e) et aussi parce que je le lui autorisais...
Combien d'hommes ne se préoccupent nullement de savoir si l'on est prête ou pas à les embrasser. Combien d'entre eux embrassent, dé-s'embrassent, ré-embrassent, poussés par leurs pulsions et sans rien partager.
Avec Werner, tout prenait un sens et chaque mot qu'il employait voulait dire quelque chose. Il ne parlait pas en l'air, il parlait vraiment...
Le mail suivant était adorable...
Il était tellement heureux que je lui ai répondu et surtout que notre histoire ne s'arrête pas là,  qu'on aurait dit qu'il sautillait sur place.
Ses mots virevoltaient au rythme de sa gaieté.
C'est simple, je le ressentais comme s'il était en face de moi.


Chapitre XI

Dans les jours qui suivirent, je reçus de sa part une petite surprise.
Dans mes pièces jointes, il m'envoya son acte de naissance, suivi quelques mails plus tard d'une photo de famille avec ses garçons, son frère, sa mère, sa belle-soeur, son demi-frère et ses neveux.
Toute la smala Angebetet excepté sa femme qu'on ne voyait nulle part...
Werner avait perdu son frère ainé quelques années auparavant. Ils étaient trois garçons, il n'en restait plus que deux, lui et Antoine, un frère vivant à l'île de la Réunion qui exerçait le beau métier de charpentier. Il avait aussi un demi-frère noir, Djibril, né du premier mariage de son père avec une femme sénégalaise.
En regardant cette photo, c'est curieux car je ne lui trouvai aucune ressemblance avec son frère, cependant que je fus frappée de découvrir son portrait craché en la personne de son fils aîné, dit "Anthe" mais qui, en vérité, s'appelait Anthon.
Copie conforme, à part les cheveux. Werner avait un cheveu fin et était  légèrement clairsemé à l'arrière du crâne, képi oblige, alors qu'Anthe était garni d'une épaisse chevelure foncée qu'il devait, à mon avis, tenir de la génétique de sa mère. Mais question gabarit, il était mince et grand comme son père et avait le même regard que lui, aussi profond et séduisant. C'en était troublant...
Dans le fils, je retrouvais le père...
Son second, Hans, semblait à l'opposé et était moins anguleux  que son aîné mais question cheveux, il n'avait rien à envier à celui-ci. Il était lui aussi particulièrement bien loti de ce côté-là, si ce n'est plus, car il bouclait de partout. Devant, derrière, sur les côtés, un vrai mouton frisé !  Sur la photo, il portait des petites lunettes ovales derrière lesquelles on pouvait deviner un adolescent travailleur et supérieurement intelligent... mais carré. Il devait certainement aimer les mathématiques...
Le petit dernier, en revanche, détonnait sur ses frères. Il avait un style complètement différent et je trouvai qu'il faisait très british. D'ailleurs, il s'appelait Cole, prénom typiquement anglais. Celui-là, je le voyais volontiers passionné, bouillonnant, impétueux et intrépide mais bien dans le concret également comme son second frère et qui avait aussi, à ne pas douter, oublié d'être bête.
Les trois garçons brillaient dans leurs études, c'était manifestement des grosses têtes mais l'aîné qui se destinait à une carrière de chercheur avait, semble-t-il, en plus, un talent très particulier qui le distinguait de ses frères. Doté d'une sensibilité que l'on sentait à fleur de peau, rêveur, certainement un peu tourmenté et en tout cas très secret, Anthon avait des dons artistiques cachés et un imaginaire très développé.
C'est ce que je devais apprendre par la suite...
Il fabriquait des sortes de bandes dessinées tout-à-fait incroyables et les mettait en vidéo pour en faire des mini-films. Quelques-unes étaient même accompagnées de musique, rythmée à la militaire et parfaitement synchronisée avec le déroulé des dessins, c'était stupéfiant de beauté. J'étais admirative, d'autant que certaines bandes devaient bien compter cent cinquante feuillets, ce qui laissait entendre, au bas mot, pas moins de cent cinquante dessins à mettre en place, quelle patience...!
Et quel talent surtout...!
De nombreux thèmes y étaient abordés. Le réchauffement climatique, la police, le hockey sur glace dont Anthon était fan, la bataille navale de l'U.13055,  les premier pas sur la lune et une, particulièrement drôle, intitulée "I had a dream", dans laquelle, (enfin, c'est ce qu'on imagine), on assiste à la déconfiture d'un jeune homme en quête d'amour qui rêve d'une fille qui lui dévoile ses seins. Mais pudiquement, la vidéo ne laisse apparaître que très peu d'images puisqu'au moment ultime où la chose doit arriver, le spectateur est témoin, sur un crescendo de sirène assourdissant, du réveil brutal du personnage sortant de sa rêverie.
Tragique retour à la réalité...
Ce n'était qu'un rêve...
Pauvre Anthon...
Par contre moi, je ne rêvais pas, j'avais bien reçu l'acte de naissance de son père  et je ne sais pas pourquoi mais cette confiance que Werner m'accordait en m'envoyant ce papier, somme toute relativement confidentiel et à peine quelques semaines après notre rencontre, me toucha énormément autant qu'il provoqua mon rire. Jamais, au grand jamais, aucun homme avant lui ne m'avait envoyé le curriculum vitae de sa naissance comme ça !
C'était vraiment drôle... mais il était drôle...
Sous ses dehors carrés et militaires, il avait une vraie fantaisie et une démesure égale à la mienne. J'adorais ce côté-là de lui...
Du coup, avec son heure de naissance, j'allais enfin pouvoir connaître son thème et avec son thème faire un comparatif avec le mien...
Bien qu'encore une fois, je ne basais pas ma vie sur les astres, j'étais quand même curieuse de voir ce que ceux-ci allaient me dévoiler.
Je ne fus pas déçue, on avait beaucoup de points communs...
Nous avions tous les deux une intelligence analytique, le goût du détail et des choses bien faites et étions l'un et l'autre  des perfectionnistes.
A cela s'ajoutaient, deux personnalités romantiques, idéalistes et deux tempéraments hypersensibles.
C'est même sur cette sensibilité qu'on se retrouvait le mieux mais c'est aussi parce que nous étions deux hypersensibles qu'on allait se heurter sur nos mêmes fragilités.
L'hypersensibilité, et j'en connaissais un rayon, est à la fois un cadeau et un fardeau. Seuls les hypersensibles peuvent comprendre et ressentir ce que la moyenne des gens dit "normaux" ne peuvent même pas imaginer.
Chez eux, tout est décuplé : le bruit, l'agitation, les conflits, les différends, les disputes sont vécues de façon dramatique et laissent des traces longtemps après l'évènement qui les a provoquées.
Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik l'a magnifiquement expliqué dans son livre "de chair et d'âme".
Il dit, je le cite :
"Les difficultés de l’existence les atteignent de plein fouet. Ils souffrent dix fois plus que les autres s’ils doivent changer de vie. Leur plus grande hantise sont les séparations, les cassures. Ils détestent les déménagements, les disputes, les transformations radicales. Ils sont l’homme d’une seule femme et la femme d’un seul homme. Leur chanson préférée est sûrement, à ne pas douter : "Ne me quitte pas" de Jacques Brel…"
Je me retrouvais totalement dans ce portrait mais je ressentais Werner aussi comme ça et notre rencontre, sous le signe du destin, allait mettre à l'épreuve la plus grande de nos fragilités.
Acte I, scène 2...
25 mai 2011, Werner a décidé de me quitter pour toujours...


Chapitre XII

Pendant le laps de temps qui s'est écoulé entre notre séjour breton et la deuxième rupture, Werner et moi nous avons correspondu en permanence, soit par mail, soir pas sms. Il ne s'écoulait pas un jour sans que nous ne prenions des nouvelles l'un de l'autre, que je lui parle des textes que j'écrivais ou qu'il ne me tienne au courant de ses activités, quand ce n'était pas l'un qui faisait le premier pas, c'était l'autre et vice-versa.
Parfois, il lui arrivait même de se relever la nuit pour me répondre ou d'être à deux doigts d'appeler son épouse par mon prénom quand ce n'était pas son portable qu'il laissait trainer un peu partout dans leur appartement, au risque
de se faire prendre.
- Werner, fais attention quand même, lui disais-je un peu inquiète.
- J'ai un de mes fils qui l'a récupéré en me signalant que j'avais un message de CDG, me répondait-il alors, tout fou.
Il avait comme ça un côté complètement inconscient, moi qui me ravissait puisqu'il m'accordait une place privilégiée dans sa vie mais aussi qui m'angoissait car un jour, c'est sûr, il allait commettre une bévue, laisser un indice, oublier d'éteindre son ordinateur ou je ne sais quoi d'autre.  
Je voyais ça gros comme une maison...
Et puis, il n'aimait pas le mensonge mais moi non plus, en même temps, nous n'avions l'impression lui et moi de ne trahir personne, même si une fois sur deux, il lui arrivait de sortir de chez lui, derrière le dos de sa femme, pour pouvoir me parler...
- Allo ?
- Oui...
- C'est moi...
- C'est toi ?
- Oui... Attends...
- J'attends... Qu'est-ce qui se passe ?
- Je viens de croiser ma femme dans la rue...
- Ah bon ? Et alors ???
- Elle m'a dit, ça va te faire plaisir que je te le dise... "Tu as l'air heureux..."
Alors là, je m'attendais à tout sauf à ça. Je pensais qu'il allait m'annoncer qu'il ne pouvait pas me parler vu la situation, ben non... pas du tout... il voulait juste me faire plaisir en me répétant les mots de sa femme. 
Mais c'est étrange car alors qu'il me parlait d'elle, j'avais l'impression que c'était comme s'il me parlait de sa mère. Une mère qui aurait dit à son fils qu'elle a remarqué qu'il avait l'air heureux, que son comportement avait changé, qu'il était différent ou quelque chose comme ça.
Un fils qui, sous l'effet de l'amour, serait soudain transformé.
Il avait une sorte de pureté en lui qui me bouleversait car moi-même j'avais cette même pureté en moi. Je n'étais pas faite pour les histoires de "cul", les histoires d'un soir, les histoires qui ne veulent rien dire et les mensonges à n'en plus finir. Malgré les circonstances, notre relation était belle et en tout cas, entre nous, empreinte de transparence.
Et puis, il me surprenait et j'adorais ça.
En même temps, tout allait trop vite...
Dans ma tête, c'était le chantier.
Tellement d'ailleurs que, ressentant sans doute certaines choses sur lesquelles je n'arrivais pas à mettre de nom, il me proposa de faire une pause.
- Veux-tu que nous prenions du recul car, pour l'instant, nos courtes mains tendues ne peuvent toucher que les obstacles immédiats.
Je lui répondis que non, que je n'avais aucune envie de faire une pause.
Ce n'était pas ce que je voulais...
Mais peut-être, voulait-il la faire, lui ?
Ben, à priori... lui non plus...
- Dès qu'on se sépare, on est malheureux, m'écrivait-il en même temps.
La situation était cornélienne...
C'est simple... Depuis notre rencontre, nos vies étaient imbriquées l'une dans l'autre comme des jumeaux. Jumeaux que nous n'étions pas dans la réalité et pour cause (j'avais cinq ans de plus que lui) mais que nous étions dans l'âme, étonnamment, incroyablement, inexorablement.
Jamais, au grand jamais de ma vie, je n'avais senti cela avec une telle acuité.
Pourtant, nous n'étions pas au bout de nos peines et la deuxième rupture me tomba dessus au moment où je m'y attendais le moins.
Le 20 de ce même mois, avec l'accord de Werner, j'avais décidé d'organiser un petit diner chez moi avec un couple de voisins avec lequel j'avais sympathisé. Lui était policier, elle, je ne sais pas trop ce qu'elle faisait, mais tous deux étaient charmants et j'imaginais déjà notre soirée à quatre se déroulant sous les meilleures auspices.
Mais ça ne se passa pas du tout comme je l'avais imaginé... et pour cause... le diner n'eut jamais lieu.
Pourquoi... ?
Ben, pour rien...
Pour une bêtise... Un malentendu...
Une parole malheureuse...
Avec un mot que je n'aurais pas du prononcer mais que j'ai prononcé  quand même et où, "Mea Culpa", j'aurais mieux fait de me taire.
Déroulé du film :
Deux secondes...
"Tomo mi respiración !"
(Traduction :  je prends ma respiration).
Comme déjà dit donc, j'habitais au Chesnay, près de Versailles. Peu de temps après ma rencontre avec Werner, mon appartement ayant été enfin vendu, je trouvai un petit studio que je pris en location.  Charmant et situé dans la même résidence que l'ancien, il n'était pas très grand mais j'avais quand même eu un vrai coup de coeur en le visitant car il trônait au quatrième et dernier étage et surtout, disposait d'un balconnet.
A cette occasion, Werner avait pris sur son temps de travail pour m'aider à déménager. Un de mes amis s'était également joint à nous. On avait donc transporté à trois mes cartons et mes affaires et Werner s'était gentiment proposé pour monter mon armoire, la seule et unique que je possédais. Grâce à lui, merci, j'avais pu commencer à m'installer et jeter déjà aux encombrants cinq gros cartons qui prenaient beaucoup de place. Pour autant, mon studio était loin d'être en ordre et j'avais encore des piles d'autres cartons à défaire qui attendaient leur heure et gisaient sur le sol.
Il allait donc falloir que je range un minimum pour recevoir, le diner, rappelons-le, ayant lieu deux jours plus tard.
Mais le jour "J" arrivant, je n'ai pas terminé et c'est toujours le grand bordel chez moi.
A 11h tapantes, Werner m'appelle. Apprenant que je n'ai pas fini mon rangement, il me propose de passer plut tôt pour m'aider, "comme ça", me dit-il, "on pourra faire ensuite les courses ensemble, ce sera plus "fun"!
En fait, aujourd'hui, je me dis que c'était une très bonne idée mais à l'époque et dans le contexte, je lui rétorque que non, que je ne veux pas qu'il vienne aussi tôt, que je préfère qu'il arrive plus tard, quand tout sera rangé.
Pourquoi ? Ben je ne sais pas... Probablement parce que tout va trop vite, que je ne contrôle plus rien, que je panique pour tout et que dans ma tête, encore une fois, c'est le chantier.
J'ai tellement peur... et paradoxalement, je ne désire qu'une chose, être avec lui.
Il insiste...
Je résiste...
Nous nous crêpons le chignon...
Paradoxalement, j'aime qu'il insiste, au moins il a de la suite dans les idées...
Mais je résiste encore et finis pas lui dire :
- Ecoute Werner, un enfant de trois ans comprendrait ça !
Ouh, la, la...
Il n'apprécie pas.
Je le comprends....
J'attends qu'il me réponde, qu'il se défende ou qu'il m'engueule mais... rien...
Il ne répond pas. Il stoppe la conversation, tout net.
Et ensuite, le silence...
Je le rappelle mais je tombe sur le répondeur... Une fois, deux fois, trois fois...
Je laisse des messages mais ceux-ci restent sans réponse.
Quelques heures plus tard, je finis quand même par recevoir un mail de Sa Majesté...
Qui me dit :
Qu'il est prêt à venir, si...
Je réponds au si en allant dans son sens.
Mais là, retour en contre-sens, il me rétorque :
- Je ne viendrai pas.
Quelle tête de mule, non mais je rêve !
Dépitée, je décide alors d'annuler mon diner car sans lui, je ne vois plus l'intérêt de maintenir cette soirée.
Adieu, veau, vache, cochon, couvée, j'ai le coeur en berne et suis triste à pleurer...
D'ailleurs, je pleure...
Et je vais pleurer comme ça, quatre jours et quatre nuits...
Il ne me répond plus. Ni par écrit, ni par oral, c'est le désert total.
Au cinquième jour, n'y tenant plus, je prends mon courage à deux mains et je l'appelle, pétrifiée à l'idée qu'il pourrait ne plus avoir envie de me parler. Bingo ! Il décroche mais je fais les questions et les réponses. C'est comme si je téléphonais à un sourd ou aux abonnés absents, je ne sais même pas s'il m'écoute et, devant son silence quasi insoutenable, je finis par lui asséner qu'il est "une lopette".
Inutile de vous dire, chers lecteurs, que la conversation s'arrête là.
Retour au point mort... Je suis anéantie...
Mais pas autant que par la prise de conscience... du mot épouvantable que je viens d'employer.
C'est pas possible ça, qu'est-ce que je lui ai dit, là ? Ah, mon dieu !
Et d'abord, c'est quoi une lopette ? 
Je fonce sur mon ordinateur. 
"Lopette", "lopette", allez dépêche-toi Cortina ! (Cortina est le nom de la voix suave qui me guide via mon serveur).
Mon dieu, si vous existez, je vous en supplie, faites que ce ne soit pas ce à quoi je pense.
Cortina me répond qu'elle ne comprend pas ma recherche.
Je l'invective et réitère ma demande : "lo-pet-teu".
La page s'ouvre enfin mais je tombe sur le verbe "péter", "je pète, tu pètes, il pète" !!
J'envoie au diable Cortina et je supplie dieu à nouveau que "lopette" ne soit pas trop méchant.
Et ben si... C'est même pire...
C'est carrément humiliant...
Traduction par Google, je cite :
Injurieux : homosexuel, pédéraste...
Par extension : homme lâche, sans caractère...
Bon ben là..., mes amis, je crois que je l'ai rhabillé pour l'hiver !


Chapitre XIII






































Quelques temps plus tard d'ailleurs, lors de notre deuxième séparation qui normalement, devait être définitive, il me ramena lorsque nous nous retrouvâmes, un cadeau qu'il avait acheté lors d'un de ses déplacements en Jordanie.






Impossible d'être séparés et en même temps



Nous étions reliés   et notamment de ses week-ends tristes comme des jours sans pain où la seule chose qui lui mettait du baume au coeur était de partager  Parfois, il lui arrivait même de se relever la nuit pour me répondre, une fois même il lui arrivé d'être à deux doigts d'appeler son épouse par mon prénom.





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Quand à son acte de naissance, il était né à 7h20 dans la Sarthe, le berceau de Fillon. Et le matin comme moi... Un courageux dès l'aurore... Moi, j'avais vu le jour à 9h50 à Genève en Suisse.