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UN AMOUR SUR MESURE (2)

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CHAPITRE V

Le jour "J" arriva enfin...
Comme prévu, Werner m'attendait...
Il avait réussi à se garer dans cette rue Corvizart du 13ème arrondissement dont  les places étaient généralement prises d'assaut dès le matin. Ce n'était donc pas gagné d'avance, surtout avec son "char à bœufs" imposant, toujours aussi noir et toujours aussi triste.
Mais de là haut, peut-être qu'un ange veillait...
Car dans cette rue, où j'allais voir mon psy depuis une dizaine d'années, avait habité Jean, le premier mari de ma sœur aînée, décédé à l'âge de 33 ans. J'aimais énormément mon beau-frère et je me suis toujours dit que ce n'était pas un hasard que je me retrouve avec un psy, dans cette rue, des années plus tard, à faire un travail sur moi-même exceptionnel et d'une grande profondeur, avec un homme qui l'était tout autant, différent de tous ceux que j'avais pu fréquenter avant.
C'était mon troisième psy...  et j'espère le dernier car comme disait Woody Allen  à une journaliste qui l'interrogeait sur ses années de psychanalyse : "après j'essaie Lourdes"...!
Dès que j'arrivai, Werner sortit de sa voiture et s'empara de ma valise qu'il mit dans le coffre. Evidemment, juste avant, vous l'aurez deviné, il m'avait embrassé sur le front comme un gentil garçon,  et ron et ron, petit patapon.
- Ca s'est bien passé, me demanda-t-il ?
- Oui...
Nous nous sourîmes...
Je pense qu'il pensait la même chose que moi...
Que nous étions super heureux tous les deux de partir ensemble.
Je le voyais sur son visage.... dans ses yeux, sur ses lèvres, dans sa façon d'être, léger et insouciant.
- J'ai amené plein de disques, je te ferai écouter.
- J'espère bien...
- Il y a une chanson de Johnny, notamment, qui est sublime...
C'était une chanson d'amour tirée de son album, "ma vérité".
Elle s'intitulait "ma religion dans son regard".
Quand il inséra le CD dans son auto radio, quelque trois quart d'heure plus tard, alors que nous venions de nous engager sur l'autoroute du Mans, je me mis à chanter . J'adorais chanter, d'autant que j'avais perdu ma voix pendant une dizaine d'années due à une dysphonie fonctionnelle et l'avais retrouvée depuis peu. Je chantais donc...
"Et j'ai trouvé la lumière juste au bout de ses lèvres. J'ai pu quitter la terre ferme en fait. Et j'ai trouvé, au moment où je n'avais plus d'espoir, ma religion dans  son regard..."
Un grand silence se fit entre nous pendant toute la durée de la chanson. Je finis par le rompre et lui dis :
- C'est beau, n'est-ce pas ?
Il était concentré sur sa conduite mais je voyais bien qu'il était touché comme moi par ces paroles même s'il restait pudique sur son ressenti.
Il ne dit mot mais son émotion était palpable, mêlé sans doute à une gêne de la vérité de ces paroles, comme si un autre miroir, autre que l'ordre, lui avait renvoyé, là, soudain, en une seconde, une autre image et une autre perspective de sa vie.
J'extrapolais mais avec le recul, je me dis aujourd'hui que c'est exactement ce que j'ai capté chez lui à ce moment précis où ensemble nous avons écouté cette chanson tout simplement sublime.
Pour rejoindre la Bretagne, nous avions environ 500 kilomètres à parcourir et nous avions décidé d'aller à Carnac, enfin j'avais proposé à Werner, Carnac, car je connaissais bien l'hôtel qui faisait partie du Centre de Thalassothérapie, ses chambres spacieuses et claires , les petits restos autour et la grande plage de sable fin à 300m à vol d'oiseau.
Bon, en même temps, on ne partait pas pour trois semaines mais j'aimais bien voir les choses en grand, et puis c'était notre premier séjour ensemble...tout de même... et notre première nuit. 
- Werner, tu sais à quoi j'ai pensé ?
- Non, dis-moi...
J'adorais quand il me disait "dis-moi"... Il avait une façon de dire ça, un espèce de truc dans l'intonation de sa voix, indescriptible, comme si j'allais lui annoncer... le mariage du pape.
- Dis-moi...
- A l'hôtel...
- Oui...
 - Ils louent des vélos, on pourrait se faire une balade ?
C'était super, il adorait mon idée.
Au moins, c'était un garçon facile, il aimait tout...
- Et tu sais quoi ?
Non, il ne savait pas mais il tendit l'oreille vers moi tout en regardant sa route, hyper attentif à ce que j'allais lui annoncer...
- Et bien, ce soir, au diner, à l'hôtel...
Rien que de raconter la chose, j'ai envie de rire.
- On va déguster des fruits de mer...
Voilà. Le bonheur n'était pas seulement dans le pré, il était là, à cet instant, dans cette voiture, avec Werner à qui je racontais des tonneaux de bêtises, avec qui  je riais de tout et de rien, que j'aimais regarder et que j'aimais entendre autant que de lui parler... et qui m'écoutait.
C'était ça le bonheur pour moi, le goût des choses simples, la joie de retrouver cet émerveillement enfantin que j'avais laissé quelque part au creux de mon adolescence, cette magie des mots qui m'habitait mais que jamais personne n'avait entendue et qui était pourtant là, au bord de mes lèvres et que je rêvais de partager.
Werner avait ce goût des mots, il parlait et écrivait très bien. A plusieurs reprises, dans ses mails, j'avais été frappée par la façon dont il s'exprimait.
Il avait un phrasé magnifique.
- "Tu as une plume trempée dans de l'or liquide", me disait-il quelques jours plus tôt  alors que je lui avais envoyé les six premiers chapitres de mon livre autobiographique.
Mais j'aurais pu dire exactement la même chose sur lui, tant son écriture était hors du temps.
Il avait des expressions totalement inédites...
Par exemple, sur un des chapitres de mon livre où j'avais employé un mot un peu grivois, plutôt que de me dire comme la moitié des humains, "je n'aime pas" ou "c'est moche" ou "je ne sais quoi d'autre", d'une banalité accablante, lui m'avait répondu par mail en retour : "un léger cahot dans ma lecture cependant sur le mot -bordel- mais tu l'as certainement employé à dessein"...
Incroyable...!
Ou encore, quand nous avions rendez-vous et qu'il brûlait d'envie de me voir ou de m'entendre, oui car Werner brûlait souvent, beaucoup, et même quasiment tout le temps,  alors là, c'est simple, on atteignait le summum de l'élégance comme au Grand Siècle, j'avais droit à  : 
"il me tarde de te voir"...
Je n'en revenais pas, c'était d'une beauté absolue...!
- Werner, tu veux que je te dise ?
- Oui, dis-moi...
- Je me suis achetée une chemise de nuit.
Et voilà, vous comprenez maintenant pourquoi j'en ris encore ?



CHAPITRE VI

Ces deux jours en pays breton passèrent très vite, beaucoup trop vite...
Comme convenu, nous prîmes une seule chambre mais il ne se passa rien.
D'aucuns s'étonneront, je les entends d'ici : "enfin Chantal, tu ne vas pas me faire croire qu'il n'a même pas essayé ??"
Et bien si justement, il n'a rien tenté...
Parce que Werner était respectueux... Voilà... C'était rare et c'était précieux.
Et c'était très bien comme ça car je pense que nous n'étions prêt ni l'un, ni l'autre, à faire autre chose ce soir-là. C'était beaucoup trop tôt et lui comme moi avions une trop haute idée de l'amour et de ce qui l'accompagnait pour le réduire à une partie de jambes en l'air qui n'aurait eu aucun sens, en tout cas à ce stade de notre relation.
Pour autant, j'avais bien envie qu'il m'embrasse et je fis une petite approche en ce sens lorsque nous nous retrouvâmes dans le même lit.
Je quêtais donc un baiser...
Mais très vite, je fus complètement perturbée car il avait une haleine de "dragon" (mon dieu !) et du coup, mon envie passa aussi vite qu'elle était venue. Pourtant Werner était très soigneux de sa personne et pas du tout du genre à ne pas se laver et encore moins à ne pas se brosser les dents. Le problème venait certainement d'ailleurs. On sait par exemple que les émotions refoulées peuvent à elles-seules provoquer ce genre de trouble. En même temps, je n'allais pas lui faire un cours sur "la mauvaise haleine" alors que c'était notre premier moment d'intimité ensemble.
C'était hyper délicat et je ne voulais pas le blesser.
Je me contentai alors de lui murmurer qu'il n'avait pas une très bonne haleine tout en me maudissant intérieurement d'en arriver à dire une chose pareille.
Mais il le prit très bien...
Une mouche vola...
- Attends, je vais te donner un chewing-gum à la chlorophylle !
- Tu crois ?
- Oui, oui, attends...
Je sortis du lit comme une bombe à la recherche de mes chewing-gum cachés au fond de mon sac.
- Bouge pas, j'arrive...
- Je ne bouge pas...
- Voilà... Tiens, ouvre la bouche...
Super obéissant, il ouvrit la bouche comme un gentil garçon, et ron, et ron, petit patapon, mais pour autant, j'en fus pour mes frais, car ce n'est pas ce soir-là qu'il m'embrassa.
Nous nous endormîmes donc sagement l'un contre l'autre, sans doute un peu intimidés l'un comme l'autre, car après tout cela ne faisait qu'un mois que l'on se connaissait et jusqu'à cette soirée ensemble, aucune approche de part et d'autre n'avait eu lieu, en clair, nous ne nous étions pas encore touchés amoureusement.
Werner était très pudique mais moi aussi je l'étais, bien que je cachais souvent ma pudeur sous une forme de théâtralité joyeuse pour éviter de plomber l'atmosphère. J'avais subi trop de reproches par le passé dès que j'abordais le domaine des sentiments et que j'essayais de communiquer mes émotions les plus profondes et les plus intimes : que j'étais trop ci ou pas assez cela, que je cherchais la petite bête ou encore que j'étais compliquée ou égoïste ou je ne sais quoi d'autre...
A force d'entendre toujours les mêmes choses me rebattre les oreilles, j'ai fini par me taire, j'ai perdu ma voix et je n'ai plus communiqué avec mon entourage que sur des banalités.
Mais à l'intérieur de mon être, je souffrais terriblement de ce manque de communication et de ce vide en moi impossible à combler.
Et Werner était la première personne que je rencontrais avec qui, immédiatement, je m'étais sentie reliée. Alors, au final, qu'on se touche maintenant ou plus tard n'avait pas grande importance car auprès de lui, j'étais bien et ça, c'était la seule chose qui comptait.
Le lendemain au petit-déjeuner, lorsque nous arrivâmes dans la grande salle à manger de l'hôtel qui donnait sur la mer, je fus surprise, je dirai même frappée par une chose. Je n'en parlai pas à Werner, je gardai ma réflexion pour moi mais au moment où lui et moi nous nous approchâmes du buffet, je remarquai à deux reprises les regards appuyés d'un couple, comme si quelque chose de très particulier émanait de nous deux à ce moment précis et irradiait autour dans un ballet de lumière.
J'étais heureuse, ça devait se voir, lui aussi, et à nous deux, on devait certainement dégager l'image d'un couple uni et épanoui.
Pour autant, je n'oubliais pas qu'il était marié, archi-marié et pourtant c'était comme s'il ne l'était pas, c'était vraiment étrange car il se comportait avec moi comme s'il était libre de toute attache.
Je le regardai. Il était en train de se servir de muesli et faisait attention, en même temps, à ce que je voulais...
- Je vais me faire cuire un œuf, lui dis-je, en souriant.
Je ris en écrivant ces lignes parce que ma façon de parler et de communiquer avec lui était toujours empreinte de drôlerie alors même que ce que je lui disais était hyper sérieux. Heureusement, il ne me répondit pas :
"Oui, va te faire cuire un œuf !"
Le couple qui nous regardait assistait à nos échanges verbaux et le regard de l'épouse vint se poser sur moi à plusieurs reprises. Elle avait l'air charmante cette femme, ouverte, avec un visage avenant et je la surpris également en train de dévisager Werner comme si elle voyait la Vierge. 
Mais elle avait raison car IL ETAIT Vierge...!
Vierge, ascendant Balance, un mélange de terre et d'air, moi, j'étais l'eau du signe du Cancer qui vient nourrir la terre assoiffée mais mon ascendant était Vierge, au cœur de son signe.
Je n'y connaissais rien en Astrologie mais en général, je m'entendais très bien avec les Vierges car si mon signe solaire était empreint à la rêverie et à l'extrême sensibilité, mon ascendant, lui, me ramenait les pieds sur terre et m'obligeait à m'ancrer dans la réalité.
Ceci étant, je ne basais pas ma vie sur les signes astrologiques. Non merci !
Mais tout de même, ma Lune était dans son Soleil, je ne pouvais pas l'ignorer !
- Ca y'est ? Tu as tout ce qu'il faut, me demanda Werner, soudain tout près de moi.
- Oui, presque, attends...
Il me sourit.
- J'attends...
- Je vais me prendre encore une petite tranche de fromage et un peu de jambon... 
- Vas-y, je t'attends... 
J'adorais les petits déjeuners, c'était même le repas de la journée que je préférais. Je l'aimais salé et sucré, comme les allemands, avec  bretzels, fromages, œufs à la coque,  charcuteries en tout genre,  jambon, saucisses, pâté, mortadelle, parfois même accompagnés de cornichons. Le petit déjeuner était pour moi une affaire à prendre très au sérieux, un moment privilégié où il me fallait douceur, consistance, chaleur et fraîcheur. 
Pas question donc de rater ce moment-là et encore moins de le bâcler. C'est pourquoi je ne faisais jamais la grasse matinée ni ne trainais au lit le matin en dehors du fait que, de toute façon, je n'aimais pas me lever tard. 
- C'est bon, j'ai tout, dis-je enfin à Werner.
Nous prîmes place non loin de la baie vitrée qui donnait sur la mer.
La vue y était magnifique.
- On se met là ?
C'était parfait, il était d'accord.
Nous dévorâmes... Il avait comme moi un solide appétit mais je ne sais pas, par contre, si vous voyez où je veux en venir, où il mettait ce qu'il avalait.
- T'es pas très gros franchement, Werner...
Il prit un air fataliste...
- Mais c'est pas grave... lui dis-je en souriant mais quand même t'es un peu maigre.
- Non, je suis mince, se défendit-il.
- En fait, c'est parce que tu es hyper fin. C'est vrai, je te jure...
Il m'écoutait, mi-figue, mi-raisin, en avalant ses Corn Flaxes.
- Tu as les poignets hyper fins comme moi. 
C'est fou, c'était carrément rare de voir des poignets aussi fins chez un homme.
Mais c'était un cérébral et les cérébraux ont en général une ossature très fine, des membres longs et un métabolisme rapide d'où l'absence de prise de poids.
Je me penchai vers lui la mine gourmande.
- C'est bon ton Muesli ?
Il plongea son regard dans le mien un bref instant.
- C'est délicieux...
- Moi, tu vois, je ne pourrais jamais manger ça au petit-déjeuner, pourtant je sais que c'est bon pour la santé. Mais si je n'ai pas mes tartines, je meurs...
Je ne sais pas exactement à quel moment, ni combien de temps après le petit déjeuner, je l'ai vu se renfermer lorsque nous sommes revenus dans la chambre. 
Nous étions en train de préparer nos affaires et soudain, sans crier gare,  j'ai remarqué une échappée, il avait l'air complètement ailleurs.
A tel point que je lui ai demandé ce qui se passait.
Mais il me rassura en me disant que tout allait bien.
Non, tout n'allait pas bien, je le sentais à des kilomètres.
- Tu es hyper lointain, Werner...
Il m'affirma que non mais moi je voyais bien que quelque chose ne tournait pas rond, il semblait complètement déconnecté. Si ça se trouve, il devait penser à des tas de trucs : son statut d'homme marié, le fait qu'il était avec moi et donc forcément dans le mensonge, ses enfants - le plus important - sa femme peut-être...?
Mais il ne me fit part de rien m'assurant que tout allait bien.
Je n'insistai pas, je ne voulais pas l'embêter et puis peut-être me faisais-je des idées ?
- Ca va, me dit-il à nouveau, mais cette fois en souriant.
- Ah, ça y'est.. là, j'te retrouve...
Je lui souris à mon tour, soulagée.
Je retrouvais mon Capitaine du petit-déjeuner.
Il n'empêche que sur l'échappée, j'étais sûre d'avoir raison.
J'avais un gros problème que j'avais découvert récemment en psychanalyse. Je venais d'apprendre que j'avais été une enfant précoce, non pas que j'avais un QI au dessus de la moyenne, bien que j'étais intelligente, mais j'étais douée d'une hypersensibilité, d'une réactivité et d'une réceptivité aux émotions des autres bien au-dessus de la moyenne. Je captais les ambiances, je captais les non-dits, je ressentais même dans mon corps les blocages ou les refoulements de mon entourage ou des gens que je fréquentais et dont j'étais proche. Par moments, c'était lourd à porter et compliqué à gérer car je pouvais par exemple être agressive avec quelqu'un qui refoulait sa propre agressivité. C'était comme si je prenais la colère de l'autre, ou la peine, ou je ne sais quel état d'âme, à mon compte, sans arriver à prendre la bonne distance pour me préserver.
Pour autant, cela me permettait d'être dans l'empathie et j'avais de la chance d'être ainsi car pour moi, c'était une richesse incroyable que d'être comme çà, à condition -oui- de ne pas m'accabler de tous les malheurs de tout le monde et de la terre entière...!
Il était aux environs de 9h30. Nous devions libérer les chambres pour 13h mais la cérémonie du mariage de Kate et William démarrait à 11h, il était donc temps de plier bagages. D'autant que Werner devait me déposer chez mes parents à Auray avant de rejoindre Quiberon pour aller chez sa mère et il y avait quand même dix sept kilomètres de Carnac à Auray.
Nous étions à nouveau en symbiose et nous filâmes mettre les bagages dans son Espace, garée sur le parking de l'hôtel, après être passés à la réception pour régler la note qu'il prit à sa charge élégamment.
Nous arrivâmes à Auray quelques vingt minutes plus tard. La propriété de mes parents se trouvait juste à l'entrée de la ville après le panneau marqué "Auray" mais, venant de Carnac, pour les connaisseurs, le chemin qui y menait se trouvait à droite avec un tournant à 180° en épingle à cheveux.  C'était donc hyper dangereux de bifurquer d'un coup en une seule manoeuvre.
Et j'étais tellement excitée à l'idée de faire découvrir Ker-Loch à Werner que je ne le prévins qu'à la dernière minute.
- Là, là, il faut que tournes là, Werner, lui dis-je, exaltée, à deux doigts de rater l'entrée du chemin.
- C'est où ?
- Là, c'est là à droite, là !
Je lui montrais avec la main.
- Mais il faut que tu te mettes à gauche pour ensuite tourner à droite.
- Déporte-toi, vas-y, déporte-toi...!
Trop tard, il y avait des voitures derrière nous et en face de nous.
Werner conduisait très bien même s'il m'avoua pendant le voyage que lorsqu'il était Chef d'Escadron, à plusieurs reprises, obligé de se rendre sur les lieux d'une intervention, il lui était arrivé en service de dépasser les 180 kms/h.
- 180 ? m'étais-je exclamée, complètement hallucinée...
Il me confirma...
- Oui, un jour, j'avais un délai à tenir, il fallait y être pour six heures du matin, j'ai dû rouler une partie de la nuit et j'ai appuyé sur le champignon comme un malade.
- Bon, ben trop tard, me dit-il décontenancé...
On venait de rater le chemin...
- C'est pas grave Werner, on va tourner plus haut.
Cinq minutes plus tard, dans le bon sens, nous nous engagions enfin dans la propriété.



CHAPITRE VII

Coin, coin, coin, coin, voici Ker-Loch,
La voiture passe le tournant,
Tous les petits cœurs font "toc-toc",
Voici Pater, voici Grand-Grand...
"Ah, mes chers enfants, quelle joie de vous voir...!"

J'aime Ker-Loch et sa bruyère,
Son grand parc tellement attachant,
J'aime aussi sa douce rivière,
Qui miroite au soleil couchant.

Comme à chaque fois que je venais dans ce lieu de mon enfance, j'étais envahie par l'émotion et je ne pouvais m'empêcher de penser à ce refrain que mon père avait inventé sur l'air de la Pimpolaise pour les Noces d'Or de mes grands-parents, refrain que nous chantions à tue-tête dans la voiture lors de nos voyages en famille Genève-Auray à sept, boudinés comme des sardines dans la vieille 404 de l'époque.
Nous habitions Genève. Mon père était un haut fonctionnaire du BIT (Bureau International du Travail), depuis 1946, si bien que la plupart de nous tous, sommes nés là-bas et avons vécu là-bas.
Depuis sa retraite, mes parents vivaient en Bretagne dans la propriété, juste à côté du Manoir, dans une petite maison appelée "le pavillon de Ker-Loch".
Nous appelions mon grand-père, le Colonel, "Pater" et ma grand-mère, la mère de ma mère, "Grand-Grand". 
C'était inattendu et charmant.
J'étais donc aux anges que Werner m'accompagne dans cet endroit  si particulier, comme si dorénavant je pressentais qu'il allait faire partie de ma vie et que je lui ouvrais, là, soudain, dans un ravissement, les portes de mon cœur.
Et lui...
Et bien, contre toute attente, il m'embrassa...
Là, en sortant de la voiture, d'un coup, avant même que j'ai eu le temps de me rendre compte de ce qui était en train de m'arriver. Mais attention, ce ne fut pas un baiser goulu où il se jeta sur moi comme la misère sur le pauvre monde, non, ce fut un baiser délicat où ses lèvres vinrent se poser sur les miennes avec volupté, douceur et légèreté.
Un super joli baiser...
J'étais tellement surprise et je m'y attendais tellement peu que j'eus l'impression d'être prise en flagrant délit de timidité.
Bon ben voilà, on venait de s'embrasser...
Il me dévorait du regard, du coup, je ne savais plus où mettre les yeux. Et je ne savais pas quoi dire, non plus...
Du coup encore, je marmonnai un "bon ben"  lamentable...
Qu'il coupa par un...
- Je viens te rechercher dimanche ? l'air tout guilleret...
- Euh... Oui... D'accord... Oui... C'est ça, viens me rechercher, c'est une bonne idée !
Je souris à l'évocation de ce moment intime car, à vrai dire, ce baiser m'avait tellement prise au dépourvu que j'en étais toute retournée. Je me sentais complètement à côté de la plaque. Une vraie tarte !
C'était comme si je n'arrivais pas à réaliser qu'il m'avait embrassée. Car depuis la veille, rien ne laissait présager qu'il allait le faire et en tout cas pas, là... soudainement... devant le Manoir, à vingt mètres de la maison de mes parents.
Il avait de très belles lèvres magnifiquement dessinées mais les miennes n'étaient pas mal non plus et j'avais de très jolies dents. Par contre Werner avait une dentition dramatique et une dent abîmée sur le devant et je trouvais un peu dommage, beau comme il était, qu'il ne veuille pas se faire poser un implant.
Mais il n'en était pas question.
Pour lui, cela n'avait aucune importance et puis il détestait le dentiste.
- Ah bon ? Mais tu ne vas jamais chez le dentiste ? lui avais-je demandé, étonnée.
-  Si bien sûr, j'y vais, bien obligé mais je n'aime pas ça.
Entre nous, il changera d'avis quelques semaines plus tard...
Oui, parce qu'avec Werner, vous verrez, c'est comme avec les enfants, c'est "non" d'abord et ensuite, c'est "oui".
C'est en deux temps, en fait, comme à l'armée, une, deux, une deux...!
Mais une fois la décision prise, c'est "en avant, marche" et pas de retour en arrière.
- Dimanche, je te présenterai à mes parents, lui dis-je, avant de le quitter.
Il remonta dans sa voiture et tandis que je retrouvais lentement mes esprits, lui, semblait sur un nuage.
- A dimanche alors...?
Je lui souris...
Il me fit un petit signe de la main, complice, et hop, il mit la clé de contact et démarra dans un nuage de fumée.
- Il n'est pas là ton Colonel ?
Ma mère venait de faire irruption.
- Maman, arrêtez de l'appeler comme ça ! lui dis-je déjà agacée. Il s'appelle Werner !
- Bon, bon... Et alors, il est où ton Werner ?
- Et puis ce n'est pas mon Werner. C'est Werner tout court.
- Bon, bon, et il n'est pas là ?
- Ben non Maman enfin... Il va à Quiberon chez sa mère...
J'étais toujours stressée quand j'étais avec mes parents, rarement dans l'abandon et l'esprit toujours en alerte, surtout avec ma mère avec qui il était quasiment impossible de se détendre. Elle avait en permanence et tout le temps dix mille choses à faire, à chaque fois de la plus haute importance, ne savait pas profiter de l'instant présent et était sans arrêt obsédée par l'heure, ses courses, l'arrivée de la femme de ménage, ses rendez-vous divers en ville et aussi... ses casseroles sur le feu !  C'était usant, on avait l'impression d'être dans un scénario catastrophe du matin au soir. Comme si un grand danger planait continuellement au-dessus de nos têtes. Quand ce n'étaient pas ses recommandations qui frisaient l'obsession à surveiller mon père comme un bambin.
"Jean, fais attention ( à quoi ? A tout !) -  Jean, mets un pull, tu vas prendre froid (il fait 20° Celsius) -  Jean, essuies-toi la bouche (ça, c'est à table) - Jean, ne va pas dehors (danger extrême, on sait jamais, il pourrait buter sur un pot de fleurs ou sur le sac poubelle) - Jean, ne te mets pas comme ça (sous-entendu dans cette position), tu n'es pas bien."
Jean obéit et Jean est asthmatique depuis trente-cinq ans.
De temps en temps, j'interviens et je dis à mon père de se rebeller ou à ma mère qu'elle est "chiante" mais, rien à faire, les années passent et c'est toujours le plan Vigipirate, alerte maximum, qui continue de sévir au sein du pavillon.
- Bonjour ma Chérie, tu as fait un bon voyage ?
Alerté par le bruit, mon père venait de sortir de sa chambre. Il vint à ma rencontre, me prit dans ses bras et m'embrassa.
Je n'adorais pas embrasser mes parents, c'est horrible mais c'est ainsi. Mon père avait toujours les lèvres humides, c'était franchement désagréable, et ma mère, toujours trois kilos de crème sur la peau qui faisait que quand je l'embrassais, j'avais tout simplement l'impression d'avoir la tête dans le pot. Le pot de crème, oui... pas le pot de chambre...!  Et puis ce n'étaient jamais des embrassades chaleureuses ou passionnées, comme j'aurais aimées, mais plutôt des embrassades convenues du style "je tends la joue et j'attends que ça se passe..."
Parce que justement, il ne se passait rien.
C'est pour ça d'ailleurs que l'on regardait beaucoup la télévision chez mes parents.
Enfin, eux, surtout !
Surtout les chiffres et les lettres où d'ailleurs mon père excellait et à quatre-vingt dix ans passés, on peut dire que c'était remarquable, par contre, il ne prenait jamais son téléphone pour m'appeler ni ne m'écrivait pour me donner des nouvelles.
- Ca fatigue ton père, Chantal, rabâchait ma mère en permanence, avec un ton légèrement agacé comme si je ne comprenais rien.
Et quand je laissai entendre à celle-ci qu'il serait bien que mon père consulte un ostéopathe pour son asthme, qu'il y en avait un justement très bien sur Vannes, à dix-huit kilomètres et qui pourrait se déplacer, la réponse était toujours la même...
- On verra...
Mais on ne voyait rien et en attendant, mon père continuait avec ses crises, ne conduisait plus, ne sortait quasiment plus et dormait de plus en plus dans la journée en prenant de l'estomac.
Enceint jusqu'aux dents...!
Dix mille fois, j'avais essayé de leur donner des conseils mais mon discours restait sans réponse, tombait dans le vide, ma mère n'écoutant rien et voulant toujours avoir raison sur tout.
- Est-ce que je peux parler à Papa ?
- Non, il dort...
- D'accord mais il ne va pas dormir toute la journée quand même ? Je viens de l'entendre, là, je peux lui parler ?
- Non, il ne veut pas, il est fatigué...
- Mais demandez-lui au moins, enfin ?
- Je te dis que non, Chantal, il dort...
- Mais vous venez de me dire qu'il ne voulait pas,  donc il ne dort pas ?
- Bon, ça suffit, je raccroche.
- Oui, c'est ça... raccrochez... Vous avez raison...
Voilà... Et depuis des années,  je n'avais plus mon père au téléphone.
Ce qui fait que si  je voulais lui parler, je n'avais plus qu'une solution : venir en Bretagne.
La cérémonie du mariage de Kate et William allait bientôt commencer. Comme convenu, Werner allait aussi la regarder... J'avais hâte que l'on partage nos impressions.
 J'adorais les mariages princiers. Je trouvais ça grandiose : l'entrée de la mariée au bras de son père, la musique nuptiale, le marié au pied de l'autel,  la traine au milieu de l'église, la tenue et le port de tête des protagonistes mais surtout le couronnement de l'amour... sacralisé dans toute sa beauté.
J'étais et je le suis toujours d'ailleurs, une incorrigible romantique.
Si l'amour doit exister, alors il se doit d'être grand, généreux, respectueux et porter en son sein un idéal.
J'avais une très haute idée de l'amour et pour moi, il ne pouvait se conjuguer qu'avec un grand A.
Ce qui m'avait valu à plusieurs reprises des réflexions du côté de mon entourage.
Que je vivais dans un rêve, que je n'étais pas dans la réalité, que je menais une vie parallèle... que la vie, ce n'était pas ça...
Ben si, le sel de la vie, c'était surtout ça...!
Mais peu de gens étaient prêts à y mettre le prix, préférant de loin investir dans des maisons, des voitures, des actions, des vêtements, là au moins c'était du concret, du solide, du réel, du palpable...
Tandis que l'amour...
C'était mystérieux...



CHAPITRE VIII

Je reçus trois messages de la part de Werner pendant la cérémonie nuptiale.
C'était drôle et carrément émouvant parce que l'on percutait sur les mêmes choses.
On avait la même sensibilité.
Sur le premier, il me mettait :
"j'adore le regard de William à l'endroit de Kate..."
C'était fou, complètement fou.
Car c'est exactement au moment où moi-même j'avais remarqué ce regard-là que son texto m'arriva. 
Un texto sur le regard du Prince, plein d'amour et de grâce, mais surtout magnifié par les mots qu'employait Werner pour me transmettre son émotion.
J'adorais parce qu'il voyait des choses que moi-même je voyais et que seuls les êtres sensibles sont capables de voir.
Je ne sais pas si vous me suivez....
Un deuxième texto s'ensuivit à la fin de la cérémonie lorsque les mariés (enfin mariés... Ouf !!!) arrivèrent sur le parvis de l'église et osèrent un premier baiser furtif.
Mon Capitaine m'écrivit...
"Un beau petit baiser pour un beau couple mais il n'est pas le plus émouvant de la journée..."
Le plus émouvant étant, vous l'aurez compris...
 Notre baiser... Talala... Tsoin Tsoin...
Et après un "bis repetita" des jeunes mariés :
"Ah, tout de même...! Jamais deux sans trois ?"
Nous haletions au même rythme...
Oui, alors, ce troisième baiser ? Allez William...!
Oui, chers lecteurs, sous l'uniforme des plus hautes fonctions militaires, il y a encore des cœurs d'artichaut, des âmes romantiques, des hommes capables de nous émouvoir et de nous faire fondre comme des carambars.
Encore une fois, jamais de ma vie je n'avais rencontré quelqu'un, qui faisait vibrer la langue de Molière avec une telle beauté.
Deux jours plus tard, comme promis, Werner vint me rechercher. Comme promis aussi, je le présentai à mes parents qui ne manquèrent pas, surtout ma mère, de le trouver charmant, beau, intelligent, ne tarissant pas d'éloges sur lui. 
En aparté, elle me glissa :
- Ah écoute, il est charmant...!
Ben oui, évidemment qu'il était charmant...
- Et puis, c'est un beau garçon, je trouve...! 
Ben oui, je n'avais pas l'habitude de sortir avec des thons...
- Et il est très distingué...!
Ah, ça c'est sûr, c'était pas un "ploucos"...!
- Ma mère te trouve parfait, dis-je à Werner, quelques minutes plus tard alors que je m'étais isolée dehors pour fumer une cigarette.
Sa répartie me prit complètement au dépourvu.
- J'espère que tu m'as chargé...
Non mais qu'est-ce qu'il était drôle !!!
- Tu me fais rire, lui dis-je...
Voilà, ça c'était du Werner, du jamais vu, jamais entendu, quelque chose qui m'arrivait à l'oreille avec une sonorité particulière et touchait mon âme d'une façon inédite, surprenante, originale et déconcertante.
Il avait l'intelligence des mots...
Et puis, il était drôle, quoi !...
Oui, je sais... Je me répète...
Mais je tiens à le souligner, chers lecteurs, pour le cas où certains d'entre vous seraient durs de la feuille. 
Ma mère avait préparé un petit café pour l'occasion accompagné de quelques biscuits. Dès que j'eus fini ma cigarette, nous regagnâmes le pavillon et nous installâmes dans le salon qui était petit et coquet mais qui, entre nous,  ne cassait pas trois pattes et un canard. Quelques photos de famille sur une commode, une table basse assez moche, trois fauteuils pas terribles et un canapé sans aucun style...
Mais le pire que je remarquai immédiatement en arrivant avec Werner dans la pièce, fut... mon cadeau, une petite boite à bijoux en cuir noir, offert à ma mère deux ans plus tôt, trônant sur le secrétaire avec trois couches de poussière...
La veille, j'avais trouvé la même chose dans la bibliothèque du studio qui attenait au pavillon et que j'occupais. Le cadeau offert à mon père à l'occasion du décès de son frère aîné, brisé en mille morceaux sous une pile de livres. C'était un portrait de mon oncle que j'avais fait encadrer et mis sous verre pour que mon père ait un souvenir de son frère.
Soudain, j'avais du mal à avaler...
- Tiens, ma Chérie, sers-toi... me dit ma mère, toujours parfaite quand il y avait un invité, en me tendant l'assiette à gâteaux.
Puis, se tournant vers Werner avec un sourire dégoulinant.
- Prenez Colonel...
- C'est bon Maman, vous pouvez l'appeler Werner, lui dis-je pour la seconde fois.
Ma mère manquait terriblement de simplicité et à chaque fois, j'avais presque honte de lui présenter quelqu'un tellement je la trouvais compliquée, toujours occupée à faire des manières et des révérences à n'en plus finir.
J'avais beau être sa fille, j'étais à l'opposé.
Brute de pomme, sans chichis, simple et accessible et j'avais du mal à m'adapter à tout ce falbala qu'elle déroulait quand elle recevait des invités.
J'avais toujours l'impression d'être en représentation officielle. Paradoxalement, j'étais très respectueuse des codes lorsqu'il s'agissait de cérémonies publiques ou lors de commémorations, j'avais couvert suffisamment d'évènements lors de mes reportages aux Nouvelles de Versailles pour ne pas être au parfum et puis, surtout, je n'étais pas petite-fille de militaire pour rien.
Mais dans l'intimité, c'était insupportable...
Werner plongea sa main dans la coupelle et grignota un gâteau tout en conversant avec mes parents sur son curriculum vitae. Oui, il avait fait Saint Cyr à Coëtquidan, oui il était dans la Gendarmerie, oui sa mère habitait Quiberon, oui, il avait des enfants...
- J'ai trois garçons.
Et oui,  on s'était rencontrés dans le train.
Bon, il ne s'étala pas non plus...
Et puis j'avais déjà raconté à ma mère, en long, en large et en travers, l'histoire du petit pain au chocolat.
On n'allait pas remettre ça...
Je regardai Werner et c'est très curieux car j'eus l'impression soudain qu'il était là depuis des années comme s'il faisait partie de la famille et qu'on venait rendre visite à mes parents...
Suivez mon regard... qu'on était en couple, quoi !
Il m'était étranger et en même temps complètement familier.
Deux, trois fois, nos regards se croisèrent et tandis qu'il répondait, comme un gentil garçon, aux nombreuses questions que lui posait ma mère, et ron et ron, petit patapon, c'est simple, il m'envoyait des ondes de chaleur comme s'il s'adressait à moi tout en lui répondant à elle.
- Et vous habitez Paris alors, Werner ?
- Oui, près de la Bastille...
- Maman, je vous l'ai déjà dit dix fois !
- Oui mais je ne sais plus, tu sais à mon âge...
Mon père l'interrompit et questionna, à son tour, Werner sur sa profession, sa vie d'Officier de Gendarmerie, s'intéressant à lui et à ses diverses activités.
Entre fonctionnaires, ils avaient des choses à se raconter, même s'il n'étaient pas dans la même branche, et puis mon père avait beaucoup voyagé, quasiment dans tous les pays du monde. Werner aussi était un grand voyageur mais lui c'était surtout dans certaines contrées du globe comme la Géorgie, la Lituanie, la Jordanie, la Moldavie, la Roumanie... poil au ...
Non, chers lecteurs, je ne vais pas le dire, vous allez rester sur votre faim...
Même si je brûle d'envie de le dire...
Tout de même, il me reste encore deux sous d'éducation...!
Et donc, il s'occupait de Sécurité Intérieure et du maintien de la paix, fonctions hautement régaliennes dans la Gendarmerie, dépendant directement du Ministère de l'Intérieur.
J'avais repéré quelques temps auparavant sur internet des photos de lui lors d'une table ronde en Lituanie et bien que je ne parlais pas le lituanien, je pouvais voir néanmoins qu'il était entouré de gens de la Police et de la Gendarmerie hors frontières qui semblaient venir d'Espagne, d'Italie, des Pays-Bas, du Portugal ou d'autres pays du monde, sans doute dans le cadre de missions de coopération internationale, visant à rapprocher les forces de sécurité intérieure, pour protéger les citoyens des diverses menaces, comme le terrorisme, le trafic de drogue ou encore la cybercriminalité.
Enfin, c'est ce que j'avais cru comprendre à mon petit niveau.
A côté, je n'étais pas grand-chose, c'est ce que je m'étais dit à ce moment-là en découvrant cette photo. Je n'avais aucun diplôme, je ne sortais d'aucune grande école, j'avais redoublé quatre classes et j'avais eu péniblement mon bac avec l'oral de rattrapage... mais j'avais un talent, un talent unique au monde : j'avais au fond de moi, caché comme une pierre précieuse, un don inné de la communication et une capacité d'aimer à déplacer les montagnes, doublés d'un imaginaire et d'une créativité hors du commun et je savais écrire...
La preuve, aux Nouvelles de Versailles, on m'avait recruté sur la seule force de mes textes et pour le concours organisé lors des fêtes de Noël 2007 par ce même journal, je fus la seule à être publiée.
J'en avais été tellement fière d'ailleurs que, lors de la parution de mon texte primé, j'avais acheté dix exemplaires du journal et les avais envoyés à quelques membres de ma famille dont ma dernière sœur qui vivait dans l'ancienne grange de la propriété familiale avec son mari et ses filles.
Mais en retour, je n'avais eu le droit à rien, même pas un "merci" et lorsque je m'en étais étonnée, si tant est qu'il fallait que je m'étonne encore, j'avais reçu tout simplement une avalanche de reproches.
- C'est à toi, que ça fait plaisir, c'est tout. A toi, uniquement à toi, toujours à toi !
Tremblante, j'avais raccroché...
En cinq secondes, elle m'avait rhabillée pour l'hiver...
Désormais, c'était décidé, je n'enverrais plus rien.
Nous sommes cinq enfants et dans la fratrie, j'étais hors du moule. Artiste avec une sensibilité d'artiste, attentive et généreuse, avec de vraies qualités humaines mais je naviguais, il est vrai, hors des sentiers battus.
J'aimais la fantaisie, j'aimais l'inattendu, je ne supportais pas l'indifférence et encore moins d'être transparente mais surtout, j'étais immensément sensible au rejet.
Pour avancer, j'avais besoin d'amour et pour m'épanouir, j'avais besoin de sécurité et avec ma famille, c'était très compliqué... car je ne savais jamais où je posais les pieds.
Je pouvais un jour tomber sur un champ de fleurs et le lendemain sur une mine.
Et puis, c'était une famille où l'on ne se disait rien. On se parlait mais on ne se disait rien et comme l'avait dit très justement Werner à propos de son entourage à lui et bien c'était la même chose pour moi avec le mien, il ne se passait rien.
Mais alors... rien de rien...!
L'heure tournait...
Il fut bientôt temps de partir...
- On va peut-être y aller, dis-je à Werner, qui était toujours en grande discussion avec mes parents.
- Déjà ? rétorqua ma mère...
Werner me regarda, l'air interrogatif...
- Vous ne voulez pas rester dîner ? rajouta-t-elle en nous regardant tous les deux...
- Non Maman, c'est pas possible, je vous rappelle qu'il a une femme et des enfants, lui répondis-je en me demandant soudain pourquoi je sortais un truc pareil. De toutes façons, c'était vrai -la bonne blague- et puis j'avais hâte de lever le camp. On approchait des six heures du soir et si on voulait être à Paris avant minuit, il était plus que temps d'y aller. Mais au-delà de ça, j'avais surtout envie de me retrouver seule avec lui.
Werner approuva ma décision et après avoir remercié mes parents en bonne et due forme pour leur accueil et le petit goûter, il me suivit dehors et nous regagnâmes sa voiture. Et là, je ne sais pas pourquoi, je lui demandai si de passer par Honfleur pour le retour était envisageable.
- Tu veux qu'on aille voir ton fils ? me demanda t-il
- Oui, on pourrait aller diner dans son resto... 
Je pensais qu'il allait me répondre que ce n'était pas possible vu l'heure déjà avancée et les kilomètres que l'on avait encore à parcourir pour rejoindre Paris mais, à ma grande surprise, il accepta...
- Ca ne fait pas un grand détour, on peut y aller si tu veux...
J'étais aux anges...
- Tu crois...?
- Oui, j'en suis sûr, me répondit-il, enthousiaste...
- C'est génial, lui dis-je en souriant... Ca me fait super plaisir, Werner !
J'avais envie de lui sauter au cou mais je n'osai pas.
Pour autant, je n'en revenais pas. Pour que je voie mon fils, il était prêt à faire ce détour alors que nous approchions des six heures du soir et que c'était la fin du week-end. Même pas pressé de rentrer chez lui après deux jours d'absence...