Ecrire pour vous - Message de l'entreprise

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AUTOBIOGRAPHIE
 
"La tempête du silence"
 
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(Extraits / Auteur CDG / Ces textes sont soumis à droits d'auteur. Il est donc strictement interdit de les reproduire ou de s'en servir sans l'autorisation de l'auteur, sous peine de poursuites judiciaires. )
 
 
Telle mère, telle fille...
 
 
 
 
La mer
 
 
Poème écrit par ma fille aînée, Anne-Constance / 14 ans
(Année 1990)
 
 
 
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4ème de couverture 

 
 

Chapitre 1 - 10
 
 
 
 
Chapitre 11 - 20
 
 
 
 
Chapitre 21 - 30
 
 
 
 

Chapitre 27

Mes tranches…

Avant quoi ?
Ma psychanalyse…
Enfin, mes tranches de psychanalyse… Au total, trois ! Je suis la troisième d’une famille de cinq, j’ai trois enfants, j’ai fait trois tranches !
C’est simple, j’ai l’impression d’avoir passé ma vie en psychanalyse… Pire que Woody Allen… !
J’ai donc fait une première tranche de 12 ans, de 28 à 40 ans. Une deuxième de 6 ans, de 42 à 47 ans. Et une dernière, "la dernière", entamée à 50 ans, dans laquelle je suis toujours qui est celle de ma descente aux enfers et de ma résurrection et dans laquelle j’aurais dû être depuis le début. Une analyse lacanienne avec un lacanien, chaleureux, humain, simple, sans chichis, très silencieux pourtant pendant les séances, comme le voulait Lacan, mais très présent entre les séances en cas de besoin et surtout d’une très grande intégrité. Si j’avais su, j’aurais d’emblée choisi un lacanien, ça m’aurait évité de perdre du temps. Car après mon essai raté dont je vous ai rebattu les oreilles il y a quelques pages, j’ai atterri chez un deuxième psy, « chiatre » - « chanalyste » - « chologue », (je n’ai jamais su vraiment de quelle obédience il était issu), généraliste reconverti, sur les conseils de ma sœur aînée qui avait fait un bref passage chez lui. Grave erreur, ne jamais aller chez le psy de sa sœur, c’est comme un vêtement qu’on vous refile et quand vous êtes la troisième, c’est du déjà porté. Celui-là, si vous le permettez, je vais l’appeler Amniotique.
Curieux personnage pour lequel j’ai éprouvé un mélange d’admiration et de fascination avant de me rendre compte des années plus tard que ce n’était pas du tout le psy dont j’avais besoin. Alors, lui, c’est simple, après 12 ans passés dans son salon à décortiquer mon âme, il m’a dégagée en une seconde le jour où j’ai osé lui dire qu’il était amoureux de moi. Il n'a pas supporté et il m'a flanqué dehors sur son palier, "manu militari". De plus, il me donnait des feuilles de Sécurité Sociale pour me faire rembourser, du jamais vu en analyse. Ensuite, je l’ai vu à poil et malgré cela, j’ai poursuivi mon travail chez lui, quand j’y pense aujourd’hui, j’en ai des frissons… Pas de l’avoir vu à poil mais de n’avoir pas stoppé mes séances chez lui à ce moment-là. Enfin, il m’infantilisait en permanence, c’était insupportable, surtout quand j’étais en position de faiblesse et que mon côté « petite fille » ressortait. Je l’ai entendu à plusieurs reprises me dire carrément dans ces moments de fragilité : « regardez comment vous parlez… »
Comment ça comment je parle ?
Amniotique habitait Neuilly-sur-Seine. Il se trouve qu’à cette époque-là, j’y habitais aussi. Neuilly fut le lieu de ma deuxième habitation après mon studio de 12m2 de la rue de la Pompe à Paris. C’était donc ultra-pratique d’aller chez lui puisque son cabinet se trouvait à quelques centaines de mètres seulement de l’immeuble où j’habitais. J’avais déniché là un petit studio bien confortable, exposé plein Sud, mais surtout beaucoup plus spacieux que le précédent puisqu’il faisait 19m2, soit 7m2 de plus en surface habitable. Un vrai bonheur !
Dans cet immeuble se trouvait le grand pianiste François-René Duchâble dont le talent était déjà reconnu un peu partout. Chaque soir, je l’entendais faire ses gammes ou travailler sur ses compositions inlassablement et une fois, j’ai eu envie de faire sa connaissance. J’ai sonné à sa porte, il m’a fait rentrer chez lui, nous avons discuté mais je n’y suis jamais retournée tant il était taciturne et… pardon…mais un peu mal embouché ! Par contre, il jouait sublimement bien du piano et son talent était indéniable. C’était en tout cas très agréable de l’avoir dans mon immeuble et j’ai encore l’écho de sa sonate de Chopin  pour piano en si mineur qui résonne à mon oreille.
Dans mon studio qui n’a qu’une seule pièce comme le précédent, la chose la plus importante à faire en premier est d’aménager un coin pour mes enfants et dans chaque appartement que j’ai eu ensuite, c’est la première tâche que j’ai toujours accomplie à peine arrivée sur les lieux. La seconde tâche était réservée à la musique avec ma sono en priorité. Puis, le  rangement de mes disques de A à Z, mes 45 tours, mes 33 tours et enfin, mon pick-up. Je ne pouvais pas vivre sans musique et je trimballais d’appartement en appartement mes Brassens rangés par ordre de parution et toute ma collection des plus grands succès de Barbara.
Alors que je rentre dans ma vingt-neuvième année, j’ai enfin pu trouver un poste fixe dans un cabinet d’avocats très connu, se situant non loin des Champs Elysées, après avoir fait un bref passage dans un autre cabinet du même ordre, boulevard Saint-Germain, dans le 7ème arrondissement de Paris.  J’y occupe une place d’hôtesse d’accueil, de secrétaire et de bonne à tout faire, ce que je fais très bien d’ailleurs, suivez mon regard, et non... je ne cherche pas plus loin que le bout de mon nez et ne me pose aucune question sur ce que j’aimerais faire et surtout... si je suis faite pour quelque chose... et dans ce cas, pour quoi suis-je vraiment faite ?
Il faut dire que dans le décompte impressionnant de tous les boulots que j’ai eus, en dehors de ces deux cabinets d’Avocats, je peux compter, dans le désordre, au moins trois cabinets médicaux, deux agences immobilières, une école supérieure de gestion, deux supermarchés, trois grands magasins, une mairie, un dentiste, une clinique, un proctologue, un phlébologue mais pas de gynécologue, ni de gérontologue et encore moins de paléontologue, on ne peut pas tout avoir...! 
Mais j’ai aussi fait un tour éclair au CNAM, Chambre Nationale des Arts et des Métiers (pour les ignorants),  été femme de ménage chez des bourgeois à Versailles mais virée en deux-trois mouvements parce que, parait-il, chers lecteurs, je balayais comme une pioche, ce qui évidemment, permettez-moi de vous le dire, est un ignoble mensonge.
J'ai aussi accessoirement été baby-sitter entre deux inscriptions à l’ANPE et j'ai même vendu des baignoires de balnéothérapie en plein centre commercial pendant toute une saison.  Mais je ne serais pas honnête si je n'avouais pas mon bref passage dans une grande surface alimentaire où, devant une foule médusée, j'ai tout de même vanté pendant trois jours d'affilée les mérites de la Tome "dite de Savoie" et vendu, sur mon seul bagout, la quasi-totalité de la réserve du magasin.
Enfin, ce serait faire offense aux dieux que d'ignorer Darty et ma remarquable apparition et disparition au sein de leur établissement comme employée au service SAV où, engagée pour trimballer des cartons pendant plus de six mois, j'ai fini par atterrir à la caisse après qu'ils m'aient annoncé solennellement que, n'ayant pas de gros bras et passant mon temps à faire des lumbagos, ils ne pouvaient décemment pas me garder à cette place-là.  Mais trois mois plus tard, à la "dite caisse", je subissais le même sort, virée cette fois pour cause d'hilarité déplacée. Je riais trop avec les clients, parait-il, et ce n'était pas compatible avec ma fonction. J'ai bien tenté de leur expliquer que j'allais essayer de ne plus rire et que, désormais, je serais aussi impassible qu'une statue et que même j'étais prête à me conduire comme un robot si c'était ce qu'ils voulaient, rien n'y fit, ils me dégagèrent sans aucun état d'âme en me disant simplement que je n'étais pas faite pour ce métier-là.
La bonne blague... Alors, j'étais faite pour quoi ?
Moi, j'étais prête à tout pour qu'on me garde mais à chaque fois que j'essayais de bonne grâce de me plier à tout ce qu'on me demandait, j'avais droit au même discours : que je n'étais pas faite pour ça. Chez le proctologue, où consciencieusement pourtant, j'avais rédigé tous les bilans d'examens, de la plus petite fistule aux contre-rendus les plus complets d'hémorroïdes en tout genre, à peine deux mois après mon  arrivée, déjà ça n'allait pas. Pourtant, tout était parfait, je rendais des contre-rendus impeccables, mon orthographe était irréprochable, on me trouvait charmante mais, "vous comprenez Madame, on ne peut pas vous garder". 
- Pourquoi ? Si je suis charmante...
- Vous l'êtes, n'en doutez pas mais il nous faut quelqu'un de plus professionnel....
- Comment ça de plus professionnel...?
De moins volubile... si vous préférez...
- De moins volubile ?? Comment ça de moins volubile ??
- De normal, Madame, on veut quelqu'un de normal.
Allons bon, voilà autre chose, quelqu'un de normal mais c'était quoi quelqu'un de normal ??
- Tu ne doit pas détendre les clients, ce n'est pas ton rôle, m'avait dit quelques heures plus tard une de mes collègues, assistante de l'un des médecins du Cabinet.
- Ah bon... Donc, ils sont stressés mais je fais comme si je ne voyais rien...
- Exactement, ce n'est pas ton problème... Tu n'as pas à leur proposer un café ou un thé pendant qu'ils patientent dans la salle d'attente.
- Ah d'accord, donc déjà ils sont stressés mais on les laisse mariner dans leur stress, en fait....
- Oui... Ils ne viennent pas pour boire un thé ou un café.
- Très bon votre petit café Madame...
- Je vous en prie Monsieur, "au revoir", je ne vous dis pas "à bientôt".
- Ben tu vois, ça, ça ne se dit pas "je ne vous dis pas à bientôt"...
-Ah bon... donc il vaut mieux que je leur dise, "revenez vite nous voir" si je te suis ?
- Tu ne dis rien, c'est pas compliqué, rien, c'est rien, "au revoir Monsieur" et basta !
- Mais il avait l'air content, lui, tu as entendu quand même ?
- Oui, mais ça, on s'en fiche qu'il soit content ou non. Il ne vient pas pour ça...
- Ah d'accord, très bien, j'ai tout compris. Et même, je vais te dire, "c'est tellement incroyable comme j'ai tout compris que je vais partir tout de suite".
- Tout de suite ?
- Ben oui, tout de suite, je suis encore dans ma période d'essai, donc je pars tout de suite... immédiatement... sans plus attendre... je file... Tu vois, là, il est 18h, regarde le ciel...
- Le ciel ??? Pourquoi tu veux que je regarde le ciel ?
- Regarde... lève la tête... tu as vu ? Il y a une étoile filante....
- Où ça ?
- Là, là, regarde ! Suis mon doigt...
- J'vois rien... il fait nuit...
- Ben voilà, c'est ça le problème... Donc, je file...
- T'es bizarre, toi...
- Et encore, tu n'as pas vu le quart de la moitié...!!!
Comme à chaque fois, je plaisantais... mais à l'intérieur de mon être, j'avais envie de pleurer. J'étais anéantie et désespérée...
Mais surtout, j'en avais assez qu'on me sorte toujours la même rengaine...
Et j'étais faite pour quoi alors ?



Chapitre 28

Mon divorce

Mon divorce suit son cours. En mai 1984, je suis enfin officiellement divorcée. Aussi étrange que cela puisse paraître, il n'y a aucun partage de biens entre mon ex-mari et moi. Pour résumer, il a tout, il garde tout, ne m'octroie aucune pension alimentaire et continue de me mettre à l'écart par rapport aux enfants. En dehors de mon droit de garde un week-end sur deux et la moitié des vacances, je ne peux avoir aucun contact avec eux.
Les téléphones chez lui sont cadenassés et lorsque je tente d'appeler, je tombe systématiquement sur la messagerie. Je laisse des messages mais ceux-ci restent inlassablement et toujours sans réponse.
De guerre lasse, je finis par débarquer chez lui pour tenter d'avoir un dialogue mais dès que j'apparais, non content de me laisser sur le palier, il appelle les forces de l'ordre pour me faire dégager.
Il appelle cela du "harcèlement"...
Régulièrement, je me retrouve ainsi au commissariat à faire amende honorable de mon comportement.
- Madame, avez-vous mis un coup de pied dans la porte de l'appartement de votre ex-mari, oui ou non ?
- Oui... mais ce n'est pas ce que vous croyez...
- Je crois ce que je vois, Madame.
- Oui mais justement, c'est plus compliqué que ça...
Le commissaire me coupe la parole...
- Vous êtes divorcée, vous n'avez rien à faire dans l'appartement de votre ex-mari et encore moins à vouloir forcer l'ouverture de sa porte.
- Oui, mais...
- Il n'y a pas de "oui, mais", Madame, la prochaine fois, je ne serai pas aussi clément. Nous avons de nombreuses plaintes contre vous déjà...
Je m'étonne...
- Des plaintes...? Comment ça ? Quelles plaintes ?
Le commissaire m'apprend qu'une bonne trentaine de mains courantes ont déjà été déposées par Agathange contre moi.
Il me cite :
- Retards à répétition lors du retour de vos enfants chez votre ex-mari les week-ends où vous en avez la garde, systématiquement, un quart d'heure, voire une demi-heure de retard. Vrai ou faux ?
- Ben, c'est-à-dire, quand il y a de la circulation sur le périphérique, je ne peux pas forcément gérer à la minute près...
- Donc, c'est vrai, continue le Commissaire. Ensuite, malgré les interdictions répétées de votre ex-mari, vous continuez d'emmener vos enfants à la piscine, d'où des otites à répétition chez l'une de vos filles. Vrai ou faux ?
- C'est arrivé une fois, Monsieur le Commissaire, une seule fois.
- Ce n'est pas ce que j'ai dans mon rapport. Quand vous ramenez vos enfants, la semaine qui suit est systématiquement marquée par de l'instabilité, moins de concentration à l'école, de l'énervement et des maladies, otites, angines, rhumes à répétition. C'est ce que dit Monsieur...
- Ils doivent somatiser la séparation d'avec moi et je pense qu'ils tombent malades à cause de cette situation.
- Madame, les emmenez-vous à la piscine, oui ou non ?
- Oui, je les emmène à la piscine...
- Donc, vous voyez, vous les emmenez donc à la piscine...
- Oui mais ce n'est pas à cause de la piscine qu'ils tombent malades, Monsieur le Commissaire.
- Peu importe, je continue, poursuit l'Officier de Police.
- Vous avez également tenté à plusieurs reprises d'appeler l'école de vos filles et avez créé des histoires à propos d'une communion, je n'invente rien, c'est écrit là, me dit le Commissaire en me montrant du doigt la ligne qui évoque le soi-disant scandale que j'aurais fait.
- Attendez, laissez-moi vous expliquer...
- Vous avez appelé l'école de vos filles, oui ou non ?
- Oui...
- Vous avez dérangé la direction à propos d'une histoire de communion concernant votre fille aînée, nommée Julie, c'est exact ou non ?
- Je voulais savoir quand est-ce qu'elle faisait sa première communion.
- Le rapport dit que vous avez insisté auprès des soeurs de Notre-Dame des Oiseaux malgré que ces dernières ne désiraient pas vous répondre.
- Ben oui, j'ai insisté...
- A la suite de quoi, la petite a été privée de communion dans son école à cause de vous.
- Ah, c'est trop fort, ça...!
- Donc, tout cela est vrai Madame.
- Monsieur le Commissaire, la communion de ma fille, elle l'a faite toute seule et je n'ai toujours pas compris pourquoi et ce qui s'était passé. Et j'en ai été la première désolée. Je ne connais personne à Notre-Dame des Oiseaux, sauf que quand j'ai eu la bonne soeur au téléphone et que j'ai dit mon nom, j'ai senti à son ton de voix qu'on avait déjà dû lui parler de moi... si vous voyez ce que je veux dire. C'est après que j'ai appris que ma fille ne ferait pas sa communion avec sa classe et je l'ai su par mon ex-mari  lui-même qui ne s'est pas privé de me dire que cette décision avait été prise par l'école suite à mon téléphone et que c'était  à cause de moi, forcément, que cette décision avait été prise, je le cite : "tu as été foutre le bordel une fois de plus..." sauf que je n'ai été foutre aucun bordel, Monsieur le Commissaire, j'ai juste voulu connaître la date de la communion de ma fille pour pouvoir y assister.
- Oui mais je vois qu'il s'est passé la même chose lors d'une fête à l'école de vos enfants où vous êtes venue alors que ce n'était pas votre week-end de garde, poursuit l'Officier de Police.
- Comment ça ? Venue où ça ? Quand ?
- Vous êtes venue, Madame, sans autorisation, assister à une fête où votre fils jouait un petit rôle dans Maya l'abeille ? Vous y avez assisté oui ou non ?
- Oui, je suis venue...
- Donc, on est d'accord... et justement, à cause de cela, vos enfants ont été privés de spectacle, votre mari ayant du partir pour éviter les problèmes, continue le Commissaire.
- Attendez, attendez, je rectifie, si vous le permettez... Quand mon ex-mari m'a vue arriver, sitôt le spectacle de mon fils terminé, il a embarqué les enfants. Je n'ai pas privé mes enfants de la fête, Monsieur le Commissaire, c'est LUI, qui me voyant, a privé ses PROPRES enfants de la fête. Ce n'est pas pareil !
- Enfin, vous admettrez quand même que votre présence crée beaucoup de problèmes...
Que répondre à cela...?
Je n'arrive même plus à entendre ce que me dit le Commissaire devant qui je suis depuis une bonne demi-heure à essayer de me justifier de tout, de rien, de n'importe quoi... de l'indicible... du non-sens... de la haine d'un homme qui n'aura de cesse, pendant des années, de me détruire à travers mes enfants.



Chapitre 29

La valse de mes appartements

Je ne vais pas rester à Neuilly très longtemps...
Cette seule et unique pièce commence à m'étouffer. Pour autant, je ne sais pas trop où aller car n'ayant pas de gros moyens financiers et n'étant aidée en rien par mon ex-mari, je ne pense pas pouvoir trouver plus grand à un tarif raisonnable dans Paris ou dans la banlieue agréable, proche de Paris.
Je choisis donc de regarder toutes les annonces des quartiers les plus pourris de la capitale et je ne crache pas non plus sur certaines villes de banlieue à loyers modérés comme Sarcelles, Saint-Denis, Bobigny, Pantin ou Saint-Ouen.
Et justement, quelle aubaine, un beau matin sur le journal quotidien, voilà t'y pas que je vois... l'annonce de mes rêves !
Bel appartement en étage dans résidence proche du centre ville, donnant sur un grand terrain de jeu, séjour, 2 chambres, cuisinette, salle de bain et WC.
Prix du loyer : dérisoire...
Immédiatement, je téléphone à l'agence et deux heures après, je suis sur les lieux...
Effectivement, il y a un terrain de jeu, grand... très grand... immense, tellement immense d'ailleurs que sur le moment, je ne vois pas les quarante poubelles alignées sur le côté gauche qui dégoulinent de pelures de légumes, de boites de lait vides, de couches-culottes pleines de caca, de débris de bouteilles et aussi de canettes de coca complètement cabossées qui attendent encore à 15h40 le passage des camions-bennes mais ne faisons pas la difficile, l'appartement est sûrement sublime.
- Oui, ça sent un petit peu mauvais me dit soudain l'agent immobilier, un peu gêné,  comme s'il lisait dans mes pensées.
Un petit peu ? Il est généreux... ça schlingue carrément, oui...!
Je lui demande un peu inquiète si c'est souvent comme ça...?
- Non, non, me rassure-t-il, c'est parce que c'est la grève des camions-ordures aujourd'hui.
Je lui accorde le bénéfice du doute en espérant qu'il ne me raconte pas de bobards.
Soudain, un petit groupe de jeunes de la cité débarque sur le terrain à quelques mètres de nous.
L'un deux, un grand déglingué, se pose devant moi et en me faisant la révérence commence à m'entreprendre.
- Tu viens habiter là, Madame...? On t'adore trop déjà...!
Je m'apprête à lui sourire et même à lui dire bonjour quand son copain derrière le rejoint et lui balance :
"Elle est trop bonne, vas-y ta mère, j'te la nique...!"
- Pardon...???
- Faites pas attention, me dit le grand déglingué, c'est mon pote !
- Et il parle toujours comme ça ton pote ?
- Ben oui, Madame, t'es pas dans le XVI ème ici...!
- Oui, c'est vrai, t'as raison...
L'agent intervient :
- Bon, ça suffit les gars, allez jouer plus loin.
La bande s'éloigne...
L'agent accélère alors le pas et m'enjoint de le suivre.
- Venez... c'est là à droite...
Je regarde l'immeuble dans lequel se tient peut-être mon futur appartement. Il est gris, sans prétention mais semble propre. Tous les logements sont pourvus de fenêtres à petits carreaux blancs, du premier au sixième étage, je trouve ça plutôt joli. Par contre, je suis déçue car je ne vois pas de balcon mais si l'appartement est grand, au fond, quelle importance...
Je ravale ma déception, décidée à ne pas me laisser contrarier pour si peu.
Mais quand même, ça m'ennuie un peu car je n'aime pas les espaces clos... Enfin, me dis-je, espérons que l'appartement est bien.
Plongée dans mes réflexions, je rentre tête baissée dans l'immeuble et j'entends à peine l'agent m'annoncer que c'est au 6ème étage...
- Vous êtes prête ? me dit-il.
- Prête à quoi...? lui réponds-je, en sursautant légèrement.
- A monter les six étages...
- Ahhh, d'aaaccord... j'me disais bien aussi qu'il devait y avoir un truc...
- Pardon, reprend l'agent ?
- Non, rien... ne faites pas attention, je parle toute seule...
Le fait qu'il n'y ait pas d'ascenseur ne me dérange pas plus que ça sauf que j'imagine la situation en revenant du super marché avec mes 15 litres d'eau, mes courses, mon caddy et mon "barda"...
- Ca risque d'être chaud quand même, dis-je tout haut en attaquant gaillardement le 3ème étage.
- Oui, il fait chaud, je suis d'accord avec vous, me répond l'agent en épongeant soudain son front dégoulinant.
- Non, non... je ne disais pas ça pour ça...
- Vous avez dit que ça risquait d'être chaud... je confirme... il fait très chaud ! 
- Oui, mais non....
Mais l'hiver, vous verrez, la température de l'immeuble est très agréable.
Ah, la la, le dialogue de sourds....
Nous atteignons le 4ème étage... non sans mal car c'est vrai qu'il fait très chaud, trop chaud, mais nous sommes en plein mois de juillet et depuis trois jours, c'est la canicule.
- Plus que deux étages, m'annonce l'agent, plus que jamais en sueur.
Je continue de le suivre en commençant, moi aussi, à haleter un petit peu.
- Voilà... nous y sommes... c'est ici... la porte rouge, dit-il suffoquant en atteignant le sixième étage.
Le palier qui est devant nous est rectangulaire et accueille quatre appartements, pourvus chacun d'une porte de couleur différente. Il y a une noire, une bleue, une verte et la rouge...
- La porte est super rouge, vous ne trouvez pas, dis-je à l'agent.
- Elle est rouge, Madame, c'est tout.
- Oui, je vois bien mais vous ne trouvez pas que le rouge est très rouge... un peu sanguinaire ?
- Non, me répond l'agent, qui me regarde soudain bizarrement comme si j'étais une demeurée.
Il peut bien me regarder comme il veut, il n'empêche, elle est très rouge cette porte, trop rouge...anormalement rouge.
Et ce n'est pas fini...
Alors que l'agent vient d'ouvrir la porte et me fait pénétrer dans l'appartement, je me retrouve nez à nez avec un graffiti, coiffé d'une tête de mort, sur le mur de l'entrée à droite qui lui, par contre, est tout noir.
- Ouh la la... m'écrie-je, c'est Stendhalien... c'est quoi ça ?
- Voilà, donc ici, vous avez l'entrée, spacieuse et agréable et là, poursuit-il avec un grand geste, un beau living... et un porte-manteaux...
- Attendez, le coupe-je, tout est peint en noir ? Et c'est quoi cette tête de mort dans l'entrée ??
- C'est la signature du propriétaire. Vous pouvez repeindre dans une autre couleur si vous le désirez...
- Oui, merci, c'est gentil... mais une minute, s'il vous plaît. Quand je vous ai téléphoné vous m'avez bien dit qu'il était clair et lumineux ?
L'agent opine de la tête...
- Vous trouvez que c'est lumineux, vous ?
- Je vais vous montrer la cuisine et la salle de bain, vous allez être surprise. Tout a été refait à neuf par le propriétaire, poursuit-il sans répondre à ma question. 
Bifurcation à 90° après le living, direction la salle de bain. Couleur : jaune !
- Ah mon dieu...!
- C'est joli, n'est-ce pas, ça vous plaît ?
- Ben, c'est très jaune quoi...!
- Vous avez un problème avec les couleurs, vous ?
- Ben non mais excusez-moi, c'est super flashy, on ne peut pas dire que ce soit un jaune tendre, il est violent ce jaune ! C'est pas possible, ça.... d'avoir des goûts de chiottes pareils...!!!
- Vous désirez voir la cuisine ? me demande-t-il sans se départir de son calme tandis que je commence, moi, à perdre le mien avec toutes ces couleurs archi-agressives.
- Ben tiens, pendant qu'on y est,  allons voir la cuisine... je vous suis...
Virage à droite, toute...
- Et voici la cuisine avec tout ce qu'il faut. Ici, un four, me montre-t-il, là, des plaques électriques, à côté, le frigidaire, le lave-linge et enfin une grande fenêtre avec battant.
Couleur de la cuisine, peinte à la glycérophtalique brillante, vert-pomme.
- Alors, vous aimez ?
- Ben... il ne manque plus que l'herbe... Remarquez, pour une cuisine, c'est parfait pour brouter...
L'agent finit par rire et je fais de même...
- Donc, récapitulons... Monsieur...  euh... Breckchtam... c'est ça ?
- C'est exactement ça... me répond-il, mais on prononce "Brequechtam", vous avez oublié le "e".
- Ah pardon, Monsieur Brequechtam... c'est bon comme ça ?
- C'est parfait !
Nous rions maintenant à tour de rôle comme des baleines et je ne sais pas s'il croit trente secondes que je vais encore lui prendre l'appartement.
- Donc, Monsieur Brequechtam avec un "e", je récapitule : entrée noire, living noir, salle de bain jaune, cuisine verte... Plus, tête de mort à l'entrée pour mettre l'ambiance... et un porte-manteaux. Sérieusement, pensez-vous que je vais le prendre ?
- Non...
A nouveau,  nous sommes pris l'un et l'autre d'un fou-rire inextinguible.
... mais je vais quand même vous montrer les chambres, poursuit-il.
- Ah oui, les chambres, c'est vrai, nous n'avons pas vu les chambres...
- Suivez-moi...
- Je ne fais que ça...
- Vous n'allez pas être déçue...
- Elles sont caca d'oie ?
- Non...
- Violettes ?
- Non...
- Elles ne sont pas grises tout de même ?
- Ne cherchez pas, vous ne trouverez pas...
- Je crains le pire...
Silencieusement, l'agent s'approche de la porte de la première chambre à pas de loup puis, en mettant un doigt sur ses lèvres, m'ordonne de ne plus parler.
- Chut......!
- Je m'étonne... Pourquoi "chut" ?
Il ouvre la porte...
Je pénètre dans la chambre....
- Ouah ! Ah oui, en effet... là, j'avoue... c'est terrifiant...!!
- Je vous avais prévenu...
- C'est un sanctuaire ?
- C'est la chambre dorée, me murmure Monsieur Brequechtam, d'un air navré.
Et nous voilà repartis pour une crise de fous-rire.
Entre deux spasmes, il me demande si je désire voir la seconde chambre.
- Ah oui, Monsieur Brequechtam, je ne veux pas rater ça... Montrez moi la seconde chambre !
- Bon, vous ferez attention, il y a une petite marche juste avant, me prévient-il...
- Avant la chambre ?
- Oui, le propriétaire a fait un dénivelé... enfin, il a fait des vagues si vous préférez...
- Des vagues, comment ça des vagues ?
- Juste avant la chambre, vous verrez, le sol est bosselé à trois endroits pour imiter le mouvement de la mer, m'annonce-t-il en essayant de garder son sérieux.
- Ah... d'accord.... le mouvement de la mer... Ah, ben oui... je vois... Mais il est breton le propriétaire, m'enquiers-je ?
- Pas du tout, me répond Monsieur Brequechtam, il est Guinéen, de Conakry... C'est un passionné de windsurf...
- Ah ben, bien sûr... d'où les vagues, je comprends...
- Bon, vous êtes prête ?
- Je suis prête Monsieur Brequechtam, allons-y, allons surfer...!
- Venez, c'est par ici...
- Je vous suis...
Après avoir emprunté un petit couloir peint dans des tons "damier" noir et blanc aux figures géométriques d'une laideur absolue, nous arrivons au seuil de la seconde chambre et, effectivement, devant la porte, sur une longueur d'un mètre cinquante environ, trois belles vagues nous accueillent.
- C'est d'une beauté renversante, m'exclame-je, tandis que je manque de m'étrangler de rire en faisant attention de ne pas tomber.
- Oui, prenez garde, ce sont de véritables lames de fond, posez les pieds dans le creux de la vague...
- En tout cas, Monsieur Brequechtam, on pourra dire que c'est une visite "hors du commun"! J'ai hâte de voir la chambre...
- Alors justement, là, vous allez enfin comprendre comment un guinéen, noir, très noir, remarquez c'est normal pour un guinéen, je veux dire..."d"être noir"... se mélange l'agent, à nouveau pris par un fou-rire...
- Oui, c'est tout-à-fait normal Monsieur Brequechtam, ne vous inquiétez pas...
- Donc, je reprends le fil...
- Oui, reprenez-le...
- Ne me faites pas rire, sinon j'vais pas y arriver...
- D'accord, je ne ris plus... Allez-y Monsieur Brequechtam, je vous écoute...
- Voilà... donc, là, vous allez découvrir comment un guinéen noir, très noir donc, comme déjà dit, peut envier la blancheur des blancs, qui eux, évidemment sont parfaitement blancs... Vous voyez où je veux en venir ?
- Euh... pas encore... pour l'instant... à vrai dire...
- Bon, vous allez comprendre dans deux minutes... Vous êtes prête ?
- Je suis prête...
- Je vous ouvre...
- Ah oui... Ah ben oui... là je vois... !
- Vous voyez quoi ?
- La blancheur du blanc...
- Oui, mais encore... Précisez votre pensée...
- Ben, à droite, l'iceberg... c'est le blanc et la pensée de l'homme blanc et à gauche, le gorille, instinctif et animal, ben c'est le Noir...
- Et au centre, vous voyez quoi, reprend l'agent impatient.
- Au centre ???
- Oui... au centre...
J'écarquille les yeux...
- Ben, je ne vois rien Monsieur Brequechtam, je suis désolée...
- Regardez bien, vous devez voir quelque chose...
Je re-écarquille les yeux...
- Alors ??? s'impatiente l'Agent...
- Alors, alors... ben je n'vois rien !!!
- Regardez mieux que ça...
- Je regarde mais je ne VOIS RIEN.... Monsieur Brequechtouffe !!!
Nous éclatons de rire à nouveau...
Je marque un temps d'arrêt...
- Ah, ca y'est, j'ai vu. C'est le petit bouton qui est là-bas sous la fenêtre ? La lumière rouge ?
- Bravo ! Et alors ? C'est quoi la signification ?
- De la lumière rouge ???
- Oui...






l’homme blanc réfléchit toujours avant de penser, contrairement à l’homme noir qui ne réfléchit jamais et qui pense rarement, car il est toujours dans la logique de l’idée à l’acte, donc l’instinct. C’est ce qui explique parfois le caractère bestial, que présente souvent l’homme noir.